LES TROIS ÉTATS DES CORPS
faut pas s'étonner que la loi universelle de position occupe une place essentielle dans la nature et se montre liée à la modification des forces. Se demander comment cela est possible, c'est vouloir pénétrer dans l'explication des choses plus avant que ne le comportent les conditions de la représentation. Ce qui fait la force secrète de la répugnance qu'on éprouve à tenir les actions naturelles pour des fonctions de la simple distance, c'est l'imagination, c'est la sensation confuse du rapprochement des corps jusqu'au contact. C'est ensuite l'habitude, qui nous porte à regarder la communication du mouvement par ce contact apparent, comme plus intelligible que tout autre mode d'action physique, et, enfin, à désirer d'y ramener tous les phénomènes. Cependant, quand on suppose le contact aussi effectif qu'il paraît l'être, on abandonne les principes décidément reçus et confirmés dans la science; on revient par une pente naturelle à l'hypothèse du plein, pour tomber dans les difficultés inextricables qui y sont inhérentes. Le contact fût-il véritable et parfait, c'est encore une erreur, un pur préjugé fondé sur l'habitude, que de croire les effets de l'impulsion plus faciles à comprendre sous cette donnée que dans toute autre hypothèse. Mais il n'en est rien. L'action que l'on dit au contact (et il n'y a pas de raison d'ailleurs pour rejeter ce nom une fois réduit à son juste sens), est celle qui a lieu au rapprochement le plus grand que permette la nature des corps. La communication mécanique du mouvement s'explique alors par la force répulsive qui se développe entre les molécules à ces minimes distances. Enfin, l'attraction et la répulsion sont la force unique qui, tantôt positive, tantôt négative, préside aux phénomènes élémentaires de la nature, et au delà de laquelle on ne saurait faire remonter la spéculation.
Les états et les variations de cette force sont les conditions essentielles des deux formes extrêmes de la matière.
la solidité, la fluidité parfaite, et de la forme intermédiaire, la constitution liquide. L'état solide est caractérisé par un certain équilibre stable des molécules, sous des conditions données : non qu'elles ne puissent, même alors, se mouvoir, et qu'en fait elles ne se meuvent entre certaines limites; beaucoup de phénomènes sensibles et d'autres qu'on est obligé de supposer prouvent le contraire; mais des forces, attractives ou répulsives, selon le cas, se produisent et doivent être surmontées, dès que l'on veut troubler, dans un sens ou dans un autre, les rapports de distance et de figure qui leur permettent cette sorte d'équilibre : de là une cohésion et une densité plus ou moins fixe des parties liées d'un corps, lesquelles ont tendu, en outre, quand elles ont pu se disposer librement, à affecter des formes régulières, géométriquement définies. On n'est point parvenu à rendre théoriquement compte des formes et des propriétés des corps en rattachant aux forces atomiques les arrangements moléculaires, les figures et modes d'action des éléments complexes (car la figure est une traduction de la force, ainsi qu'on peut le pressentir par les considérations exposées dans le chapitre précédent) ; mais aucune autre hypothèse ne semble utilement applicable aujourd'hui à des recherches physiques de cette nature. L'imperfection de l'analyse mathématique est le principal obstacle qui les arrête. Une fois surmontée, la théorie de la constitution moléculaire devrait rendre compte des propriétés variables des corps solides, telles que la dureté, la ténacité, etc. Peut-être aussi deviendrait-il nécessaire de faire intervenir dans le problème les propriétés spécifiques de certains éléments reconnus par la chimie et qui peuvent n'être point réductibles à de plus simples. Les sciences physiques tout entières sont impliquées dans une telle recherche, soit par les principes à admettre, soit dans les conséquences à tirer.
La propriété principale de l'équilibre qui constitue un corps est l'élasticité. Elle dépend d'un état de tension qui A