LES TROIS ÉTATS DES CORPS
se produit et s'établit de proche en proche, entre les molécules liées qui viennent à subir une action extérieure, choc, pression ou traction, tant que des limites, d'ailleurs très variables, ne sont pas dépassées. Chaque molécule déplacée, déplace les suivantes dans un certain sens; toutes tendent à revenir à leurs premières positions, et le corps, ou demeure tendu, ou, s'il est laissé à lui-même, exécute une suite d'oscillations internes.
On sait l'importance de cette loi, qui explique l'ancienne force d'inertie (nom malheureux qu'il faudrait abandonner), se lie à nos sensations de son et probablement aussi de lumière, peut-être même à nos impressions de toute nature, varie avec les conditions externes les plus communes, comme la pression et la température, enfin appartient à quelque degré non seulement à telles parties, mais à tous les corps possibles, tant organisés qu'inorganiques, et joue un rôle essentiel dans quelques-uns des plus répandus.
Le fait capital de l'élasticité s'explique aisément par les forces que nous avons supposées. En effet, un rapprochement forcé des molécules d'un corps en état d'équilibre intérieur doit développer entre elles la force répulsive, qui augmente quand la distance diminue, et par suite la tendance à revenir aux positions anciennes. Ce rapprochement, amené d'abord entre deux molécules, doit, en vertu de la même force, transmettre une action identique aux molécules successives. Enfin, quand le corps est abandonné à lui-même, les molécules ne reviennent à leurs lieux respectifs que pour les dépasser en vertu des vitesses qu'elles acquièrent; et de là les vibrations qu'elles exécutent. Si au lieu d'une moindre distance, c'est un éloignement plus grand qu'une force extérieure amène entre deux molécules, une force attractive plus grande naît du trouble apporté en ce sens à l'équilibre, et les mêmes phénomènes que précédemment doivent se produire : effort pour revenir aux places abandonnées, transmission du déplacement et de ses
conséquences, oscillations lorsque la liberté est rendue au corps, jusqu'à ce que l'état primitif d'équilibre soit rétabli, par suite des résistances que rencontre l'état vibratoire. Cette explication est propre à faire prévoir exactement tous les phénomènes du même genre, autant que les difficultés mathématiques et expérimentales du sujet ont permis de les y soumettre.
Quand un corps est passé de l'état solide à l'état liquide, ce qui a lieu en grande partie sous une influence dont nous parlerons tout à l'heure, mais subie inégalement dans les mêmes circonstances, selon la nature spécifique de ce corps, il présente un grand changement accompli. Les actions internes qui s'y tenaient en équilibre, ou qui pouvaient s'y développer par l'intervention d'une force extérieure, affectaient de certaines directions, et on ne pouvait pas dire que chaque molécule exerçât autour d'elle en tous sens les mêmes fonctions actives ou passives. Maintenant les pressions sont partout égales et en toutes directions, et les molécules peuvent occuper indifféremment toutes les positions les unes par rapport aux autres. Cette indifférence, ce défaut de lien qu'on observe dans les liquides entre des parties séparables et mobiles aux moindres sollicitations externes, cette aptitude qui en résulte à prendre toutes les formes, sans en affecter naturellement aucune, sont des conséquences d'une modification dans les forces moléculaires, devenues à la fois répulsives et partout identiques. En même temps l'élasticité est généralement très diminuée. Déjà certains solides ne la possèdent que très faiblement. Mais, dans les liquides, elle est limitée à ce point qu'on a pu la croire tout à fait nulle, comme l'indique la dénomination de fluides incompressibles qu'on leur a longtemps attribuée avant qu'on eût réussi à opérer des mesures délicates. Il n'en est pas moins vrai qu'elle suffit pour produire contre les pressions extérieures une réaction très énergique, et qu'elle est nécessaire pour expliquer la