‹ Essais de critique générale (volume 2)Chapitre 73 sur 194 · LA CAUSE DE LA CHALEUR · texte numérisé non relu

LA CAUSE DE LA CHALEUR

propriété fondamentale de toutes les espèces de fluides : la transmission égale dans toutes leurs parties et dans tous les sens des pressions qui leur sont communiquées.

L'état liquide, quelle qu'en soit l'importance dans les phénomènes naturels, n'est de lui-même qu'une sorte de transition à l'état de fluidité parfaite, comme le prouve la nécessité d'une pression externe pour le maintenir. Dans cet état, les corps sont soumis à une évaporation qui augmente quand la pression diminue, et ne permet pas de les conserver sans une atmosphère gazeuse.

Enfin, lorsque s'est produit le passage à l'état gazeux, sous la même influence que le passage à l'état liquide, l'influence de la chaleur, mais modifiée selon les degrés de la pression à laquelle est soumis le corps, on voit la force répulsive mutuelle des molécules définitivement établie (bien que certaines vapeurs n'atteignent pas les propriétés d'une fluidité parfaite, sous les températures dont nous disposons, de même que certains liquides visqueux conservent des forces attractives sensibles). Le corps gazeux se répand donc et se divise dans tout l'espace où il peut s'étendre, et exerce des pressions égales en tous sens contre les obstacles qui gênent son expansion. La densité peut diminuer d'une manière qui semble indéfinie. En même temps l'élasticité s'établit régulièrement et devient une propriété capitale de cet état de la matière.

Je me suis arrêté à rappeler ces principes, afin de les rattacher à une interprétation philosophique des forces élémentaires, et aussi pour arriver à des questions sur lesquelles la science est moins fixée. Occupons-nous de cette influence que nous n'avons pas définie, sous laquelle les molécules des corps, prises à l'état solide, se placent à des distances croissantes, et enfin moyennant, une prédominance de plus en plus marquée de leurs forces répulsives parviennent à l'état aériforme. Considérée par rapport à son effet le plus immédiat sur la sensibilité, elle est ce que chacun nomme la chaleur, et

sa nature n'est pas autrement connue. Considérée dans la modification la plus générale qu'elle apporte aux corps, elle est essentiellement une action mécanique, puisque ses effets paraissent dans les forces exercées entre leurs molécules. Les quantités de chaleur, alternativement absorbées ou restituées par un corps qui passe de l'état solide ou liquide à l'état liquide ou gazeux, ou réciproquement, ont aussi une signification mécanique : d'abord elles se mesurent par des effets de cette nature, auxquels elles doivent essentiellement leur appréciation comme quantités positives ; ensuite l'hypothèse de la production spontanée ou de l'anéantissement d'un effet calorique étant inadmissible, et celle qu'exprime le moilatent n'ayant qu'une valeur nominale, c'est sur l'étude des forces et de leurs changements qu'il faut se rejeter pour comprendre la loi dont nous parlons; et elle se comprend sans peine dès qu'on suppose que la chaleur absorbée par un solide en fusion, par exemple, représente la dépense d'une force qui employée auparavant hors des molécules de ce corps, et par conséquent sensible à l'extérieur, se retrouverait maintenant dans les actions internes de ces molécules sous leur nouvel état, si l'on pouvait les apprécier exactement.

Cette interprétation de la loi des chaleurs latentes est appuyée par les recherches récentes sur ce qu'on a appelé par métaphore les transformations de la chaleur en force et de la force en chaleur dans les machines. Il est prouvé en effet que tout travail détruit, dans un organe mécanique quelconque, correspond à une chaleur créée, et que, réciproquement, tout travail correspond à une chaleur détruite. L'étude de cette nouvelle loi a été poussée jusqu'à la détermination au moins approximative de Y équivalent mécanique de la chaleur, c'est-à-dire d'un rapport numérique entre la force qui transporte telle masse à telh' distance et la chaleur qui dilate tel corps de telle à telle limite. Il est dès lors bien difficile de se refuser à voir dans la chaleur, au point de vue des sciences physiques.

Page 1