‹ Essais de critique générale (volume 2)Chapitre 74 sur 194 · LA CAUSE DE LA CHALEUR · texte numérisé non relu

LA CAUSE DE LA CHALEUR

une simple force appliquée aux molécules des corps, ou développée entre elles, une force moléculaire répulsive communicahle , ainsi que la définit W. R. Grove*.

La chaleur peut et doit être encore autre chose que cela, au fond, dans l'essence des êtres. Je reviendrai, en terminant ce chapitre, sur la nature des forces physiques en tant que senties, que souvent on méconnaît entièrement, comme si la sensation n'était rien d'elle-même. Mais lorsque, de rapports en rapports élucidés ou découverts, on arrive à lier étroitement deux parties de la science auparavant étrangères, l'unité se fait inévitablement. Les différences ne disparaissent pas dans le genre constitué de cette manière, mais regardent désormais des spéculations d'une autre nature. Réduire la physique à la mécanique, sitôt que l'unité s'offre dans une théorie acceptable, ce n'est point prétendre qu'il n'y ait en réalité rien que de mécanique dans la matière concrète de la physique; c'est dire que son objet spécial et en quelque sorte abstrait, puisqu'il est établi à l'aide d'abstractions nécessaires, est essentiellement de forme mécanique. C'est assurer que les lois mécaniques s'étendent dans la nature aussi loin que les faits d'un ordre plus complexe, et, les accompagnant, sont de ceux-ci la partie la plus propre aux déterminations précises et à la prévision scientifique. Mais n'est-il pas clair qu'il devait en être ainsi, dès que les lois de nombre, de position et de succession auxquelles se rapporte la mécanique sont à la fois des lois universelles et des lois mathématiques .^^ On pouvait être certain d'avance que la mécanique suivrait partout la physique, l'envahirait dans la mesure même de ses progrès et finirait par lui imposer sa forme.

Revenons. Cette force, qui est le vrai point de vue de la chaleur dans les théories physiques, est-elle inhérente

1. Corrélation des forces physiques, par W. R. Grove, membre de la Soc. roy. de Londres. Voir particulièrement la discussion très étendue de la loi de Black, p. 46.

à tous les corps sans intervention étrangère ? La communication de la force répulsive en vertu de laquelle un corps se contracte pour qu'un autre se dilate, et réciproquement, a-t-elle simplement lieu entre les particules de la matière ordinaire, qui tendraient à l'équilibre de température en se conformant aux lois de la dynamique? Ou bien la force moléculaire répulsive est-elle le résultat du mouvement d'une matière spéciale, d'un fluide environnant et pénétrant tous les autres corps?

D'abord, il faut éloigner la supposition d'un fluide spécial, impondérable. Ces impondérables sont les produits de l'enfance de la science, imaginés à l'époque où l'on abandonnait, plutôt encore de nom que de fait, l'hypothèse des espèces sensibles, pour y substituer des êtres matériels fictifs doués de la vertu précisément requise pour représenter chaque phénomène : fluide calorique propre à engendrer la chaleur; lumineux, la lumière; électrique, l'électricité, etc. Tandis que les véritables savants avouent aujourd'hui ne conserver de ces fluides que les noms, pour les besoins du langage et les exigences de l'habitude, on voit les charlatans et les improvisateurs de théories ou de nouveaux faits prétendus, en faire leur pâture, et croire avoir tout expliqué quand ils en ont mis un sous le phénomène à la mode. Nous, si nous supposons un fluide quelconque, nous devons lui attribuer une constitution et des propriétés mécaniques; et nous devons dire non point qu'il est impondérable, mais seulement que sa pesanteur inconnue, réelle, insensible ou nulle, n'entre pas comme élément dans les phénomènes dont il nous aide à rendre compte : ce n'est qu'arbitrairement que nous le dépouillerions d'une propriété constatée pour toute matière qu'on a pu coërcer et soumettre à l'observation.

L'analogie ou plutôt l'identité fondamentale des fonctions physiques de la chaleur et de la lumière nous contraindrait à admettre ici l'existence d'un fluide, qui serait l'éther, si ce dernier était vraiment nécessaire pour

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