‹ Essais de critique générale (volume 2)Chapitre 75 sur 194 · LA CAUSE DE LA LUMIERE · texte numérisé non relu

LA CAUSE DE LA LUMIERE

une théorie des phénomènes lumineux. Les vibrations de l'éther, corps très ténu, très élastique, répandu dans la nature entière et capable de pénétrer dans les interstices de tous les autres corps, donneraient lieu à des répulsions moléculaires, et produiraient par des modifications diverses les phénomènes calorifiques, les phénomènes lumineux et d'autres encore. Mais il n'est pas démontré que les vibrations des corps eux-mêmes ne se puissent prêter à la construction d'une théorie équivalente. Que cette théorie paraisse, et l'on devra abandonner l'hypothèse de l'éther comme surérogatoire.

Au reste, cette hypothèse paraît peu propre à l'établissement d'une théorie des faits calorifiques, si l'on en juge par l'absence de travaux complets dirigés dans ce sens, lorsque pourtant l'étroite union de ces faits avec les faits lumineux presse instamment les partisans des ondulations éthérées. C'est une première objection, en ne la supposant pas trop hâtée, contre l'existence d'un fluide, qui demeurerait alors presque tout spécial aux théories de la lumière. On la trouvera plus grave si l'on peut affirmer avec l'auteur cité que la physique mathématique a une tendance prononcée et constante à ramener les phénomènes calorifiques aux vibrations des corps mêmes dans lesquels ils se produisent, sans supposition d'aucun milieu particulier. Les travaux de Fourier et de Poisson ont du moins laissé de côté ce milieu, dont l'usage jusqu'ici semble se borner à ceux des phénomènes où la lumière et la chaleur s'accompagnent si bien qu'on applique à celle-ci, même sans le vouloir, les explications quelconques apportées pour la première. Or une théorie adaptée à la transmission de la chaleur restera de peu d'importance tant qu'elle ne sera pas étendue aux autres 'propriétés fondamentales, et notamment à la conductibilité, à la dilatation et à ses conséquences.

Le triomphe de l'hypothèse de l'éther est donc borné

à la théorie de la lumière. Mais là même il y a une objection très sérieuse. Les théoriciens ont trop beau jeu à douer un corps tout à fait inconnu de propriétés qu'ils déterminent pour rendre la théorie possible : en sorte qu'on demande à ce corps de démontrer des phénomènes pour lesquels on l'a expressément construit, et qui ne peuvent eux-mêmes le démontrer sans cercle vicieux. C'est, il est vrai, le caractère d'une hypothèse, mais de plus en plus gratuite, quand il faut y joindre des suppositions accessoires sur la nature moléculaire des milieux communs que pénètre l'éther, et considérer finalement une lumière modifiée par la structure intime des corps qu'elle traverse. Il est curieux qu'entre toutes les parties de cette théorie de la lumière, l'insuffisance de l'hypothèse se montre principalement dans celles où la théorie mécanique de la chaleur paraît offrir le moins de difficultés.

On rencontrerait moins d'arbitraire dans l'hypothèse qui rattacherait directement les phénomènes lumineux, aussi bien que calorifiques, aux vibrations des corps eux-mêmes, vibrations inévitables en tout état de cause. Malheureusement la physique mathématique n'est pas entrée dans cette voie; et, malgré les embarras techniques de la recherche, et quoique de nouveaux faits physiques soient à désirer pour donner un fondement sûr à des calculs nouveaux, il est très probable que la tradition des travaux d'Young et de Fresnel, l'habitude plutôt que la nécessité décident de la tendance la plus commune des savants en cette matière.

W. R. Grove a d'ailleurs montré que la doctrine physico-dynamique, en ne faisant usage que des corps connus pour expliquer les phénomènes, n'est nullement infirmée par le besoin de supposer une sorte de plein universel, sans lequel la transmission de la lumière solaire serait impossible. Ce plein, cette atmosphère interne universelle (qu'il ne distingue peut-être pas assez du plein proprement dit sans interstices vides), est requis

Page 1