‹ Essais de critique générale (volume 2)Chapitre 85 sur 194 · PROBLÈME DE LA SPECIFICITE CHIMIQUE · texte numérisé non relu

PROBLÈME DE LA SPECIFICITE CHIMIQUE

si nous ne sommes pas à la veille de voir un de leurs groupes se multiplier démesurément, comme les planètes qui n'étaient jadis que cinq ! C'est encore ainsi que nous voudrions à toute force que les rapports de composition et les poids moléculaires fussent donnés par des nombres très petits. Mais rien ne prouve que la matière se réduise à une, ou se divise en deux, trois, quatre espèces d'êtres irréductibles plutôt qu'en cent cinquante ; et le véritable progrès de la science consistera peut-être moins à diminuer qu'à augmenter le nombre des éléments, en même temps qu'à découvrir leurs rapports et les lois qui les régissent. La proportion de ces éléments, là où ce sont des nombres relativement élevés qui la donnent, peut couvrir des propriétés non moins intéressantes que n'en supposent les rapports les plus simples, ceux des premiers nombres entiers de la série.

En général, les relations géométriques et mécaniques (car sous l'arithmétique se tiennent ici ces autres sciences) ne sont pas les plus belles et les plus fécondes possibles quand elles sont les plus élémentaires. Les lois de Kepler ont détruit la simplicité de la doctrine astronomique des anciens : la connaissance de la vérité at-elle fait déchoir à nos yeux le cosmos .^^ Le calcul des perturbations planétaires, conséquence d'une loi très simple, doit-il nous laisser regretter l'harmonie des sphères invariables, hypothèse qui elle-même mena l'entassement des épicycles à sa suite .^^ Attacherions-nous moins de prix à des propriétés qui mettent en jeu une multitude d'éléments variés, et par là impliquent les théorèmes d'une géométrie plus complexe et raffinée, qu'à des constructions provisoires dont la facile unité est le pur effet de notre ignorance .^^ Avouons plutôt que ce que le progrès des sciences souffre encore de simplicité à grand'peine est un produit de l'abstraction, il est vrai nécessaire au fonctionnement de l'intelligence. Mais la nature n'est pas simple.

Si mon plan comportait toute une philosophie des

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sciences, au lieu de se borner à l'éclaircissement critique des principes de la nature, il me resterait à parler d'un sujet dont l'intérêt théorique est grand, et qui d'ailleurs embrasse à peu près toute la chimie : je veux dire la nomenclature, les substitutions et les rôles que les premiers composés ou certains de leurs éléments prennent en des séries de formation plus complexe. Mais la science est en révolution à cet égard, le débat est avant tout technique, entre chimistes; et ne conclut pas encore. Dans ces questions, l'atomistique principalement est en jeu, et Ton manque d'une conception qui s'impose à tous. Dans d'autres, que je laisse également de côté, les lois des combinaisons ne sont pas exclusivement chimiques, et tout au moins intéressent des fonctions biologiques, ainsi que le prouvent les belles découvertes récentes sur la fermentation et sur les altérations morbides de l'organisme animal. Ce qu'on pourra dire un jour de général et de philosophique sur des sujets de cette nature intéressera essentiellement la biologie . Mais aujourd'hui traiter de la chimie propre des corps vivants, et vouloir rester en même temps dans les généralités, ce serait, il faut l'avouer, marcher en parfaites ténèbres.

A. La force mécanique et la force spécifique.

Le sens et Temploi du mot force sont sujets à des diffîcuhés croissantes à mesure que Ton passe des théories de la physique générale à la considération des phénomènes plus complexes, plus variables dans l'expérience et plus rebelles à Tabstraction, que nous soumettent la chimie et la biologie. La réduction, déjà plus qu'entrevue, de cette physique proprement dite à la mécanique ne signifie rien de moins que Tidentification de ce qu'on appelait forces calorifiques, électriques, etc. , avec ce qu'on appelle tout uniment force ou cause de mouvement dans les problèmes de statique et de dynamique. On ne connaît pas, on ne fait que supposer, sans savoir encore les définir, les systèmes de points ,

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