‹ Essais de critique générale (volume 2)Chapitre 89 sur 194 · OBJECTIONS DE STALLO CONTRE LA PHYSIQUE MECANIQUE · texte numérisé non relu

OBJECTIONS DE STALLO CONTRE LA PHYSIQUE MECANIQUE

» 2° Que les concepts plus généraux ou plus extensifs et les réalités correspondantes préexistent aux concepts moins généraux, plus compréhensifs, et aux réalités correspondantes, et que ces derniers concepts et réalités sont dérivés des premiers, soit par addition successive d'attributs ou propriétés, soit par une évolution, les attributs ou propriétés des premiers étant considérés comme impliqués dans ceux des derniers*.

» S'^ Que Tordre de la genèse des concepts est identique avec Tordre de la genèse des choses.

)) 4° Que les choses existent indépendamment de leurs relations et antérieurement à elles ; que toutes les relations ont lieu entre des termes absolus ; et que, par conséquent, toute la réalité qui appartient aux propriétés des choses est distincte de celle qui appartient aux choses elles-mêmes. »

Or la théorie mécanique est, selon M. Stallo, un exemple de la première et de la seconde de ces erreurs de la métaphysique : — de la première, parce que la matière est un concept, le summum genus de la classification des corps, objets des sciences physico-chimiques ; la masse et le mouvement, deux composants de ce concept; et que la théorie mécanique suppose que ces trois abstractions répondent à trois choses réelles, telles que les universalia ante rem et in re des scolastiques ; — et delà seconde, parce que cette même théorie suppose ou que les summa gênera contiennent les choses particulières comme une substance contient ses accidents, et sont éminemment la réalité suprême et permanente dont les attributs fournissent aux qualités de ces choses; — ou (forme évolutionniste de Tidée) que les réalités d'ordre inférieur pour la pensée sont contenues, impliquées dans celles de Tordre supérieur, en ce sens qu'elles en dérivent par un processus de développement. L'auteur montre fort clairement et par des citations bien choisies que le langage et la croyance des physiciens se rapportent à cette métaphysique. La substitution, aujourd'hui commune, de Tidée Force à Tidée Matière n'y change rien, soit qu'il s'agisse des points-forces de Boscovich, d'Ampère et de Faraday, ou de la force unique à tout faire de Spencer et de ses disciples. Ce ne sont toujours que des concepts comme ceux des métaphysiciens, fictions vidées par l'abstraction de tout contenu, comme Tiitre identifié au

1. Impliqués, ou impliquants? Nous n'avons pas le texte anglais à notre disposition. Mais l'idée qui se développe plus loin est mieux rendue si nous lisons : derniers, au lieu de premiers, et vice versa.

J'ai appris en effet d'une lettre de M. Parke Godwin que le texte anglais porte implications of et non pas implicated in.

Néant, de Hegel, ou la Volonté impersonnelle, de Schopenhauer, ou l'Inconscient, de Hartmann. L'Absolu et la Chose en soi sont les plus beaux déguisements du Néant substantiel; ils excluent par définition toute relation possible, et par conséquent tout attribut possible ; or les notions dont la physique fait usage communément sont du même genre : matière inerte, sans qualités ; forces indépendantes de leurs objets et antérieures à leurs rapports; masses séparées des forces, et mouvements absolus, quoique le mouvement en lui-même soit inobservable, étranger à toute expérience possible.

La théorie mécanique est encore un exemple de la « troisième erreur radicale de la métaphysique ». Cette erreur consiste, ainsi que Stuart Mill Ta formulée, « en la supposition tacite, que Tordre qui règne entre nos idées des objets de la nature doit régner également entre ces objets ». En effet, Spinoza a professé en propres termes Fidentité de Tordre et de la connexion des idées avec Tordre et la connexion des choses. Or c'est ce que font sans réflexion les physiciens, qui prennent Tétendue, la solidité, l'impénétrabilité pour les formes d'une matière réelle, et non pas simplement de nos représentations; qui attribuent les actions physiques au choc, essentiellement, et donnent ainsi la primauté naturelle aux phénomènes sensibles en réalité les plus complexes et dont l'analyse est la plus difficile.

Enfin la théorie mécanique est un exemple de la « quatrième erreur radicale de la métaphysique » : celle qui consiste à considérer les relations comme des données entre des termes absolus, c'est-à-dire entre des choses indépendantes de leurs relations. « L'existence réelle des choses est coextensive avec leurs déterminations... Toute chose réelle objectivement est un terme dans une série de choses mutuellement dépendantes; en dehors de ces dépendances, il n'y a pas de forme de la réalité, connue à l'expérience ni à la pensée. Il n'y a pas de quantité matérielle absolue, pas de substance matérielle absolue, pas d'unité physique absolue , pas d'entité physique absolument simple, pas de constante physique absolue, pas de type absolu, ni de fqualité ni de quantité, pas de mouvement absolu, pas de repos absolu. Il n'y a pas de forme d'existence matérielle qui soit son propre support ni sa propre mesure, et qui subsiste, sous le rapport soit de la qualité soit de la quantité, autrement que dans un changement perpétuel, dans un flux incessant de mutations. » Et cependant on voit les physiciens, à l'instar de la méthode ontologique, supposer la réalité absolue dans les derniers éléments des corps, et s'exprimer comme si Tétendue, la durée, le mouvement, la masse, le poids étaient choses

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