XVI OBSERVATIONS
à composer un de ces syslènies d'asserlions à la fois vagues et absolues, que chacun croit comprendre sans peine et se permet de juger en deux mpls. II n'est pas de philosophe qui n'ait vu sa doctrine subir une déformation de ce genre, quand elle a paru digne d'être vulgarisée. Mais n'exigeons pas que le philosophe se vulgarise lui-même.
Les philosophes prétendent à la science, quoiqu'ils Tatteigncnt rarement, ils sont ou des poètes ou des savants. Poètes, ils sont intraduisibles \ savanls , allons-nous demander à Viète ou à Fermât de metlrc leurs théorèmes à la portée du salon dt) conversation ? Je ne nie pas. qu'une œuvre de science n'ait sa portée hors d'elle-même, et que, convenablement simplifiée ou appliquée, elle ne trouve place et influence dans le monde. Mais ceci exige du temps et des intermédiaires.
Je prétends à la science à mon tour, du moins sous la mo deste apparence de critique. Je veux donc être ttudié, et n'eussé-je que trois lecteurs , n'en eussé-je qu'un , il faut que je dise ce que j'ai à dire, rien de plus, rien de moins, et que je rende ma pensée avec la même précision que je la conçois, et avec les abstractions sans lesquelles il n'y a pas de rigueur possible. Si je réussis, ma méthode est bonne. Si j'échoue ^ il fallait bien entreprendre. Dans tous les cas, on ne doit pas me reprocher d'avoir tâché de satisfaire aux inévitables conditions de toute science qui se fonde. A-t-on donc tant d'estime pour les livres de philosophie qui se lisent tout couramment? Alors, qu'on ne se plaigne plus de ce que la philosophie, après deux mille ans d'efforts, n'est pas même parvenue à se donner Texisteoce !
Je veux être étudie ! Sans doute la prétention est grande, et peut-être l'impertinence, aujourd'hui que le temps est précieux, les livres nombreux et à peine lus, les auteurs occupés d'eux-mêmes, les lecteurs, et jusqu'à ceux qui se disent philo-