SENS DE LA CAUSAL1T18 LOCOMOTIVE VOLONTAIRE. 2R
seulement entre deux actes successifs de conscience, maïs encore entre un acte de ce genre et un acte de mouvement local : or, la cause ici n'est autre que la volonté, si du moins l'acte de conscience est réfléchi. A la suite d'une analyse plus délicate des fonctions humaines, j'obtiens maintenant un résultat opposé en apparence ; mais la difficulté* se lève aussitôt, et par une distinction qui paraîtra toute simple quand il s'agit de causes. La volonté est ou n'est pas cause de certains actes de locomotion, selon qu'on entend parler de la cause éminente ou de la cause prochaine : la représentation imaginative et passionnelle d'une fin précède immédiatement le mouvement; la cause est donc là, une volonté n'étant point nécessaire; mais lorsque cette représentation est volontaire, c'est-à-dire s'objecte à ellemôme comme une cause, cette cause est éminemment cause, et indépendante de toute fin donnée, puisqu'elle se conçoit pouvant s'en proposer d'autres : et dès-lors elle est une première condition des effets dus à d'autres fonctions quelconques. Ainsi la cause libre a été prise
très justement pour type ; et on comprend que le lan* gage ordinaire, celui des déterministes eux-mêmes , si naturellement inconséquents, aitomis, pour passer de la Yûlition à la locomotion, cet intermédiaire variable qui est la forme d'imagination ou de passion de toute représentation volontaire.
La volonté n'est donc ni un fait biologique , ni un fait directement lié à des faits biologiques. Elle produit la locomotion, dans certains cas, en ce sens seulement qu'elle appelle ou cesse de suspendre une représenta-
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tion, laquelle, en possession exclusive de la consâenee est immédiatement suivie du mouvement : ceci, iraisoQ des lois qui rattachent les fonctions organiques à celles de la sensibilité, de Tentendement et de la passion. L'effort, lenim, ne doit pas être fixé dans le rapportée la volition, comme d'une sorte de ressort mystique, avec l'acte propre du mobile matériel. Ceux qui tiennent pour cette conception mythologique, où la volonté se substantialise et s'incarne, semblable à un être complet qui applique son action à un objet extérieur, ceux-4à cherchent la marque de l'effort dans la seusation da mouvement musculaire et de ses effets, comme si une force pouvait prendre corps et se faire sentir à ellemême. Mais l'effort, dans Tacception rationnelle de ce mot, est le rapport de la représentation avec soi, en tant qu'appelée ou soutenue, pendant que des effets organi* ques et physiques se produisent en conséquence, et amènent les sensations qui leur correspondent. D'ailleurs il est tout simple que l'acception commune de V effort musculaire porte de préférence sur la sensation causée par la tension d'un muscle à tel ou tel degré : le langage confond toujours pour simplifier , et toujours groupe les notions abstraites sous celles qui sont sensibles.
Dans cette manière de philosopher, le matérialisme et le spiritualisme se valent. Un métaphysicien trouvera ridicule que Broussais définisse telle volition un acte da cerveau vivant, sans savoir, comme Broussais l'avoue, ce que c'est qu'un cerveau ni ce que c'est que la vie;
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et lui-même définira telle contraction d'un muscle un effet de la substance voulante^ et ne se rendra compte ni de la volonté ni de la substance, eu égard à cet efiet. Sur ces bases il devrait être facile de s'entendre, en re* connaissant que quelque chose qu'on ne sait pas en« gendre et des volitions et des contractions : on se donnerait la main dans la substance commune ; on dirait qu'elle produit des actes divers parce qu'elle a la pro-priété de les produire. Cette belle explication n'est-elle pas tout le fond et toute la valeur de la doctrine de la substance 7
Je ne voudrais pas ranger ici dans le commun des penseurs Maine-fiiran, philosophe d'une estimable profondeur, qui eut ce rare mérite de ne jamais bien corn-prendre la substance, il est vrai sans le (courage de s'en affranchir, et qui se fit une idée assez forte de l'hétérogénéité de l'organisme et de la volonté pour écrire ces lignes : «Veut-on savoir quels peuvent étreles instruments et les ressorts organiques auxquels tiennent les volitions, on ne $ait pa$ ce qu'on demande. » «Pourtant, Maine- Biran croyait pouvoir établir la parfaite connexité de V effort voulu et de la semation mmculaire^ termes indivisibles , quoique distincts , d'un même acte de conscience, éléments nécessaires d'un même fait ; et, identifiant cet efibrt voulu avec la ditermtnatton ou acte même de la volonté efficace^ il concluait à Taperception immédiate et certaine de la causalité libre : « Quand on s'informe si l'agent est libre et comment il l'est, on de-mande ce qu'on tait. » D'après cela il est difiicile d'excuser le philosophe d'une certaine confusion très con-
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traire à ses vues, entre la volition et l'organe, et de Tomission d'uû élément essentiel qui les sépare : l'imagination du mouvement prévu.
L'analyse de Maine-Biran est en effet bien imparfaite, et ses termes peu définis. Qu'est-ce d'abord que la sentation musculaire ? Une sensation essentielle à l'acte même de la volonté dans ce que l'auteur appelle l'effort voulu ? Il le faudrait, mais je n'en vois pas de ce genre. Est-ce la sensation qui naît à la suite du mouvement musculaire une fois prononcé, et dans Te conflit des parties de l'organe entre elles ou avec des corps étrangers ? Celle-là se comprend , mais comme elle est une conséquence des ébranlements organiques , on ne saurait en faire une partie intégrante de l'acte de conscience dans la volition, car la causalité a changé de sens, et c'est maintenant l'organisme qui agit sur la conscience, en produisant des phénomènes sensibles* L'intervalle de temps est court mais inévitable, à moins qu'on n'admette l'unité et l'identité des actes du mouvement physique avec ceux de la volonté. Le philosophe arrivait donc à l'unité de substance par le chemin qu'il croyait le plus propre à l'en éloigner. Le dernier effort du substantialisme était semblable aux premiers et aux plus anciens.
La confusion la plus flagrante est celle que couvrent les mots A' effort voulu, et qui me ramène au cœur de mon sujet. Vacte de la volonté efficace se forme de deux éléments : 1 "^ la représentation actuelle du mouvement que nous savons et désirons produire avec l'ébranlement musculaire, et que nous attendons en con-
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séquence : acte d'imagination, avec une fin, un motif, une passion plus ou moins marquée d*un certain ordre ; 2"* cette même représentation, en tant qu'elle se représente fixée par elle-mémq , tandis qu'elle pourrait se suspendre ou se modifier : acte propre de la volition. Ces deux sens de l'effort voulu sont si peu identiques que le premier est très communément le seul applicable. Sous ce premier sens, il n'y a pas proprement volonté, mais on sait que les grandes séries de phénomènes de locomotion ne s'y rattachent pas moins pour cela ; aussi arrive-t-il que ces phénomènes sont encore qualifiés par abus de mouvements volontaires. Sous le second sens, au contraire, abstraction faite de l'autre, il n'y aurait point conscience d'un mouvement attendu. Reste à con* sidérer l'accession de la forme représentative volontaire à la forme imaginative et passionnelle ; et puisque celle-ci pose un intermédiaire nécessaire entre la Tolonté proprement dite et le mouvement, un intermédiaire qui réduit à lui-même est capable de tout l'effet, il est clair qu'il n'est pas permis de prendre la volition, définie correctement, pour la cause prochaine ou immédiate de la locomotion.
Il résulte encore de là que la liberté n'est pas une dperception immédiate interne, mais que la question subsiste toujours : si les représentations imaginatives et passionnelles sont ou non préordonnées dans tous les cas possibles, et si la représentation dite volontaire est une apparence que présentent quelquefois les premières, ou, de plus, un acte réel par lequel elles sont
suscitées quand d'autres pourraient l'être. Ne prouvons
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