REMÈDES CONTRE LR VERTIGE
de faire obstacle à la naissance ou aux progrès des affections imaginatives et passionnelles, éléments spéciaux du vertige du jugement et du vertige de Vacte. En fait, on ne nie pas que certains hommes soient capables de lutter avec succès contre les suites intellectuelles de leurs hallucinations. D'autre part, l'autopsie ne révèle pas de désordres organiques bien sensibles chez certaines classes d*aliénés , et , si ces désordres existent , comnoie on doit bien le présumer, ils ont pu être acquis ou aggravés à la suite des déviations représentatives, et pourraient alors s'amender en même temps que ces dernières. Ce n'est pas qu'il y ail de grands effets à attendre d'une thérapeutique morale dans les cas les plus communs : l'état spécial de l'aliéné le ferme à toute influence, et le rend pour ainsi dire incommunicable ; d'ailleurs, le remède ne vaut ici que ce que vaut le mé* decin, et on ne saurait exiger de celui-ci des vertus supérieures à son état, si ce n'est à Thumanité même. L'hygiène morale a donné des résultats plus heureux, quoiqiie bornés et nullement radicaux. Mais pensons aux moyens préventifs, je veux dire à l'influence d'une éducation rationnelle sur le genre humain. C'est vraiment là que s'ouvre une source d'espérance, car rien n'a été tenté jusqu'à ce jour, et les générations successives (je n'en distrais pas les sujets destinés à la fortune, au pouvoir, même à la science) se développent dans un triste abaissement des fonctions volontaires, au profit exclusif de la mémoire qui assujétit l'homme à l'acquis et au passé en toutes choses, puis de l'imagination particulière et de la logique particulière de chaque profes-
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sion , autres puissantes chaînes, enfin des passions, qu^on le contraint de dissimuler et qui ne le dominent que mieux. L'instruction, l'habitude de l'attention et de l'étude, quels qu'en soient les objets, suppriment il est vrai beaucoup d'occasions de vertige, en rétrécissant le domaine de la crédulité et des superstitions les plus communes : c'est encore le lot du très petit nombre. L'instruction générale et philosophique, en dissipant les ténèbres qui enveloppent les fonctions de la conscience vis-à-vis d'elle-même, peut avoir plus d'efficacité. Mais l'éducation seule, dans le sens élevé du mot, couperait la racine du mal, si elle était dirigée de manière à exercer la réflexion propre et indépendante, à fortifier la volonté, à créer l'habitude d'une comparaison désintéressée des motifs de juger et de croire dans tous les cas possibles. Le dernier mot de l'éducation dont je parle, celui qui comprend tout, quand on le creuse, est savoir douter ^ apprendre à douter. £t n'est-ce pas aussi le secret du bon sens? L'ignorant doute peu et le fou ne doute jamais. L'extatique est un esprit faible, que telle pensée ou tel homme fascinent, et le vice de l'aliéné est d'affirmer et d'agir sous le vertige (avec une volonté irréfléchie et pour ainsi dire involontaire et nulle, puisqu'elle ne balance point les motifs) et conformément à des apparences qu'il n'a jamais appris à réduire à leur juste valeur. Si donc les hommes savaient douter, il n'y aurait point de fous parmi eux; et si l'éducation du genre humain n'est pas une utopie, ce n'en est pas une non plus que la disparition graduelle de la folie en tant que maladie mentale et aliénation de la conscience.