OBJECTIONS CONTRE LE SYSTEMS DE LÀ LIBERTE
pénétrer de sa foi au point de Tavoir présente à chacun des mouvements de sa pensée. Hais, disons-le, c'est ce qui n'arrive guère.
Ces objections contre le système de la nécessité sont d'une grande forée. Elles établissent en substance que le jugement de liberté est une donnée naturelle de la conscience et se lie à nos jugements réfléchis pratiques, dont il est même le fondement. C'est aussi ce que nous avons dû reconnaître dans l'analyse des fonctions volontaires. Toutefois il n'en résulte aucune preuve logique de la réalité de la liberté. En effet, quand il s'agit des fonctions intellectuelles ou sensitives, on distingue entre les phénomènes de conscience et la réalité de leurs objets, c'est-à-dire entre ces phénomènes, dont on ne doute point, et l'accord où ils sont peut-être, et peut-être ne sont pas, avec l'ensemble des groupes et séries de l'expérience. Ici, la distinction n'est pas moins justifiée, et toute vérification de l'accord ou du désaccord est en outre impossible. Les faits de volonté se présentent comme n'étant donnés anticipativement par aucune loi, et il s'agit de savoir si une loi ne les enveloppe pas néanmoins. Or il est incontestable que, supposé que la loi existe, elle peut se dérober à nous, elle peut déterminer nos jugements successifs, sans que nous en éprouvions la pression ; et il suffit pour cela que nous nous sentions mus spontanément, consentants et non contraints, dans tout passage d'une détermination à. une autre. Cette hypothèse explique l'indétermination apparente des futurs, et comment nous croirions inven-
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ter ce qui nous est suggéré, choisir ce qui de tout temps fut choisi pour nous. La nécessité serait alors semblable à l'escamoteur qui de toutes les cartes du jeu qu*il nous présente ouvert, sait nous faire prendre librement celle qu'il nous a prédestinée.
On voit à quel point se trompent les philosophes qui regardent la liberté humaine comme un fait d'expérience. Si cela était, en disputerait-on? Qui jamais a contesté Texistence d'un phénomène comme tel? Le vrai fait ici, c'est le jugement de liberté, jugement vrai ou faux, partout présent dans la vie pratique. Il n'est pas prouvé de cela seul que l'objet n'en saurait être illusoire. On appelle aussi ce jugement un sentiment, et avec toute raison, tant il est naturel et spontané. Mais un sentiment ne peut-il nous induire en erreur touchant la réalité? La même question revient toujours.
Cependant de quelle manière les partisans de la liberté l'entendent-ils, et comment se rendent-ils compte de son exercice, en présence des données de la raison et des impulsions passionnelles ? Une théorie a toujours dominé parmi eux sous le nom de liberté d'indifférence, et ceux qui s'en sont écartés, ne trouvant pas k position tenable, ont cédé plus ou moins au penchant nécessitaire où glissent si aisément les philosophes. On en verra la raison.
Les indiffërentistes conçoivent la volonté comme séparée des représentations intentionnelles. « Les motifs, disent-ils , ne sont pas indispensables à cette faculté, qui peut se déterminer en des cas où nul choix par raison ni passion ne serait possible. Quand des motifs