SENS VÉRITABLE DE LA LIBERTÉ
sans exercice est dans cette condition d'affaiblissemeQt, et de conscience de plus en plus exténuée, dont les degrés descendent de la tentation violente à la détermination aveugle et dès-lors nécessaire.
Il y a comme une demi-vérité dans l'opinion des philosophes qui ont fixé l'acte libre dans la suspension d'une détermination imminente. C'est bien ainsi que la liberté se présente vis-à-vis des impressions extérieures, ou des passions vives qui sollicitent leurs fins. Suspendre est dans ce cas la première fonction de l'homme libre. Mais suspendre n'est pas tout; il faut encore comparer, délibérer, et la liberté n'est pas limitée à un simple rôle de veto, au regard de phénomènes quelconques laissés à leur cours spontané : elle intervient dans les actes par lesquels de nouveaux motifs sont évoqués avec les représentations extraites du fonds de l'imagination et de la mémoire.
D'après cette théorie, que je crois conforme à uneanalyse exacte des données de conscience dans les actes délibérés, la première des lois pratiques, avant ce qu'on appelletin bon usage de la liberté, c'est l'usage même. Ce seul précepte, exerce la liberté, s'il est suivi, prépare la moralité des actes, appelle des motifs de tout ordre parmi ceux qui peuvent présider aux déterminations, et, en éloignant tout vertige, assure dans beaucoup de cas la prépondérance de la raison.
Le mérite de l'homme est donc premièrement d'être libre. Comme sa liberté, toujours donnée en puissance, se développe plus ou moins, se facilite et se fortifie en quelque sorte elle-même en s'exercant, on peut dire
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sans subtilité qu'il est libre d'être libre : libre par le sentiment élémentaire de ses forces réflexiyes et volontaires , d'être libre encore en acte et par l'application habituelle de ces mêmes forces. Au-delà de ce premier point, où s'établit le mérite général d'être vraiment homme, le caractère essentiel de tout mérite déterminé se tire de l'ordre des fins que la liberté fait prévaloir. Les motifs de nos actes peuvent être universels ou particuliers; et les biens que nous poursuivons, nobles ou bas : se déterminer librement pour le bien supérieur, au jugement de la conscience , et quand la représentation d'un bien tout autre est cependant capable de la passionner, c'est mériter. Le mérite habituel est la vertu. On a vu que la responsabilité et les notions de droit et de devoir ne sont compatibles ni avec la liberté d'indifférence ni avec la prédétermination universelle des événements. La responsabilité incombe à l'auteur de l'acte; or celui-là n'est pas auteur moral, qui agit sans discernement, ou que la même nécessité, qui a formé son être, prédestine à parcourir les termes d'un développement inévitable. Toutes les règles et notions pratiques s'expliquent au point de vue de la synthèse du motif et de la volonté, et périssent par la division. La question d'excuse posée à propos des actes repréhensibles ou criminels exige la même synthèse. £n effet, l'homme n'est jamais excusable dans le système do l'indifférence : on n'excuse point le hasard, non plus qu'on ne l'approuve ou le condamne ; seulement on évite un accident fâcheux , si l'on peut , ou on le supprime. £t comment excuser un délinquant, dans l'hypothèse déter-