‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 134 sur 278 · G LA LIBERTÉ BT LA LOI BE CAUSALITÉ · texte numérisé non relu

G LA LIBERTÉ BT LA LOI BE CAUSALITÉ

^orte le monument de tous les siècles, encore debout, mais sous lequel Thumanité a cessé de s'abriter.

Toutefois, en repoussant ces théories de la ehaine det choses, on craint souvent de manquer à Tesprit de la science. On redoute aussi d'admettre une absurdité, dans celait que quelque chose pourrait commencer d'être actuellement, dans la rigueur du mot, c'est-à-dire se poser sans cause antécédente et suffisante pour la produire ainsi et non autrement.

Il est incontestable que l'objet de chaque science est de former une chaîne des phénomènes qu'elle étudie, de supposer et, s'il se peut, de découvrir des lois par lesquelles ils soient tous invariablement liés. Or qui dit loi entend nécessité. Rien de plus vrai et de plus légitime. Hais existe-t*il une science totale qui prétende lier ainsi tous les faits de tout ordre? C'est celle-ci qui est en question . On doit se demander d'abord si elle est possible, et une science plus vraie résultera de la négative, si c'est la négative qui est vraie. Ensuite peut-on citer un seul cas d'investigation scientifique où le savant ait pu se trouver à la gêne en touchant à cette limite où l'on s'arrête devant les actes libres? Un pareil fait se produira le jour où la science sera terminée. Le môme physiologiste, supposé sain d'esprit, qui se dit matérialiste (et en cela se fait métaphysicien, quoiqu'il raille volontiers la métaphysique), rirait si jamais un écolier naif comptait apprendre de lui la nature et les lois précises des évolutions organiques préposées, une par une, aux évolutions intellectuelles et passionnelles d'un animal

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donné. On a tenté d'établir certaines lois statiques, en phrénologie par exemple. Hais ces lois, fussent-elles aussi certaines qu'elles sont contestées, n'intéresseraient pas autrement la liberté que ne font les tempéraments, les caractères, les habitudes, données incontestables de la nature humaine et qui la déterminent en partie. IjR liberté ne demande point une table rase. Elle mo* difîe seulement ce qui est donné, comme ce qui est donné modifie la sphère où elle s'exerce. Enfin, il n'est qu'une science, s'il egt vrai que c'en soit une à proprement parler, capable de prédiction et de lois exactes, une science qui puisse paraître menaçante pour là liberté : la philosophie de l'histoire. Hais elle ne tient ce caractère que de l'esprit de ceux qui l'écrivent, et de l'interprétation qu'il leur plaît de donner aux causes générales ou particulières des faits. Quel que soit l'ordre qui régit la succession de certains événements et des grandes périodes historiques , les lois qu'on peut croire exister à priori laissent assez de place aux déterminations variables de lieu, de temps, de circonstances et de personnes, et l'expérience oblige toujours à reconnaître assez d'anomalies, pour que le jeu delà liberté soit plus qu'assuré à chacun des acteurs du théâtre du monde. Mais cette question est trop vaste pour que je puisse la traiter incidemment.

Il est donc permis de penser que les phénomènes ne sont pas tous assujélis à une loi unique, ou, ce qui revient au même, que leurs lois les plus générales sont modifiées dans leur cours par l'inlervenlion des faits émanés de la liberté. Dans cette hypothèse, il faut rapporter à

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la force libre de rhomme, et les effets qui en ressortent immédiatemeat, et ceux qui en vertu d'une loi sont les conséquences du premier, conséquences , proches ou lointaines, physiques ou morales. Ainsi tel acte émanerait originellement d'un homme, sous les conditions les plus accidentelles et dans toute l'indépendance possible de son être : cet acte répété se tournant en habitude, il existerait, du moins comme tendance, une loi de ce qui fut d'abord sans loi, et une suite plus ou moins probable de ce qui commença jadis. Ajoutons les effets inévitables en dehors de l'agent lui-même, et les effets de ces effets. Enfin les habitudes, considérées dans cet homme, dans sa race, dans l'humanité toute enUère, se lieraient successivement aux qualités et affections données ou déjà acquises. On verrait ainsi la sphère d'action facile de la liberté s'étendre ou se resserrer, selon qu'on remonterait à l'origine ou qu'on descendrait aux conséquences des actes humains. La marche des conditions extérieures développe par contre ses in-* fluences propres et à plusieurs égards dominantes.

Passons à l'objection prise de la causalité en général. Si l'homme est une source première de phénomènes, il y a donc des choses qui commencent absolument, en d'autres fermes il y a des phénomènes sans cause? D'abord* on n'a point de la cause une idée propre où n'ait aussi sa place une idée de premier commencement de quelque chose. La cause et l'effet n'étant point donnés ensemble, et dans bien des cas se trouvant différentes de natifre, celui qui veut concevoir Veffet dan$ h ca^ ne peut même pas justifier l'image grossière , sur la-

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