‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 138 sur 278 · CERTITUDE, INCERTITUDE CROYANCE · texte numérisé non relu

CERTITUDE, INCERTITUDE CROYANCE

dent et dbliennent des réponses convenues. Parmi les philosophes, les uns ont dit que certainement la certitude existait, A'autres que certainement non, et un petit nombre, plus avisé, que cela même était incertain. Les sceptiques triomphaient à bon droit de la mésintelligence des dogmatiques : comment osait-on parler d'une certitude qui ne sait se faire reconnaître de tous, et qui n'enseigne pas constamment les mêmes vérités à ses adeptes ?

Que la certitude existe ou n'existe pas, soit une réalité ou une chimère, cependant en la cherchant, que cherche-t-on, et que trouve-t-on en pensant l'atteindre? Un détour très simple nous permettra de répondre à cette question et d'engager ainsi notre recherche.

Le contraire de la certitude, quant à la conscience, est l'incertitude. On est incertain quand on doute. On ne doute point dans l'un de ces trois cas : quand on voit, quand on sait, quand on croit. Mais de plus, en affirmant la chose donnée sous l'une de ces conditions, il faut ne point se représenter la possibilité de préférer l'affirmation contraire ; plus encore, il faut se représenter une possibilité semblable comme universellement inadmissible dans les mêmes circonstances. On dit alors que Ton est certain.

De tes trois termes, voir, savoir et croire, la croyance, ou ce qu'on nomme ordinairement ainsi, semble le moins propre à assurer cette stabilité parfaite d'une affirmation donnée, car on l'applique à des cas pour lesquels une autre personne, ou la même en d'autres temps, sous d^autres impressions, avec d'autres con-

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naissances, asseoit des jugements différents. L'expérience ne prouve que trop ces sortes de changements. Croire , dira-t-on , c'est précisément affirmer sans voir et sans savoir, sur des éléments incomplets et qui peuvent varier; aussi l'homme sage doit-il frapper d'un certain coêficient de doute tous les actes de croyance qu'il fait et qu'il est moralement obligé de faire.

Mffis changeons de point de vue; la question parait toute autre. Quelque rigueur qu'on veuille prêter aux termes voir et savoir, et pourvu que leur application ne soit pas entièrement exempte de jugement, c'est un fait incontestable que la divergence radicale, continuelle ou toujours renaissante des affirmations des écoles philosophiques, qui prétendent n'avoir d'autre fondement que le voir et le savoir. Ainsi la croyance ne varie pas seule. Dans la vie, comme dans les doctrines, il arrive qu'on pense voir ou savoir maintenant une chose, et que plus tard on pense voir ou savoir le contraire. Si l'errnur n'est pas le lot commun de la vie, elle l'est de la philosophie ; tous les philosophes en conviendront, puisqu'ils ne s'accordent pas entre eux : or ce que les données de la vie nous offrent de vérités générales, sûres, constantes et concordantes ne peut être relevé, formulé et classé que par une philosophie. D'après cela, il semblerait que de nos trois termes, celui de croyance est le plus général et enveloppe les deux autres. Nous devftons dire que l'on croit voir, que l'on croit savoir, et toujours que l'on croit. La croyance alors ne serait plus pour nous le caractère d'un jugement des plus variables et des plus diffitMlement motivés ; elle serait l'état

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