‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 140 sur 278 · CARACTÈRES DU DOUTE, ÉLÉMENTS DE LA CERTITUDE · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DU DOUTE, ÉLÉMENTS DE LA CERTITUDE

pris que certains faits donnés pour la conscience ne se trouvent pas toujours avec d'autres faits dans cet accord, et ne se classent point parmi les termes de cette série dont j'admets que la réalité dépend et se compose. Les illusions des sens, les leurres des songes, ceux de l'hallucination sont des exemples rebattus en philosophie, mais qu'il faut toujours citer. Le cas le plus frappant, le type de cet état, quant à la suspension du jugement, se présente entre la veille et le sommeil, et quelquefois dans l'un et dans l'autre, lorsqu'un homme se demande : Est-ce vrai, ne révé-je point?

Passons du sensible à l'intelligible. Ici encore je me défie de la spontanéité d'un premier jugement. Si la réflexion se prolonge, elle peut aller à l'indéfini. Il arrive que, après avoir consulté ma mémoire, exercé mon imagination, appliqué ma raison, ou, dans une sphère plus vaste, après avoir exploré des faits, approuvé, rejeté des opinions , critiqué des théories , une vérité ne me semble pas nette, un parti décidément satisfaisant. Je doute, dans l'ordre de la science et dans celui de la pratique, lorsque, voulant accomplir le cercle de l'analyse et de la synthèse de mon sujet, des termes m'échappent, ou que je considère Tobscurité des points d'attache de leurs séries avec d'autres séries de phénomènes, dont je crains de les séparer. Dans ces divers cas, l'incertitude provient de ce que la représentation intellectuelle est incomplète, et de ce que je la sais telle ; et je me dis n'être pas sûr, n'être pas fixé, ne pas comprendre, en un mot ne pas savoir.

Tout à l'heure je voyais et je ne savais pas. Mainte-

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