‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 142 sur 278 · INDISSOLUBILITÉ DES TROIS ELEMENTS · texte numérisé non relu

INDISSOLUBILITÉ DES TROIS ELEMENTS

pensées qui les traversent, vivent et meurent sans s'être jamais témoignés en possession d'une certitude quelconque qui fût leur œuvre. Il en est aussi, dans Tordre spéculatif, dont la réflexion ne s'emploie qu'à ne pas conclure ; et ceux-là, la même volonté qui pourrait les faire certains les tient dans TincertiHide.

Il y a trois manières de douter, pour ainsi parler : eu égard à l'intelligence, ou à la passion, ou à la volonté; il y a donc aussi trois formes de la certitude, ou au moins trois éléments inégalement distribués d'un seul et même acte réfléchi , dont nulle des trois grandes fonctions humaines ne saurait être écartée. Nous ne pouvons rien afiObrmer en effet systématiquement, ni sans une représentation quelconque d'un groupe de rapports comme vraie , ni sans un attrait de quelque nature qui nous porte à nous engager ainsi dans la vérité aperçue, ni sans une détermination de la volonté qui se fixe, alors qu'il serait possible, ce semble, de surprendre le jugement et de chercher de nouveaux motifs et de nouvelles raisons, ou de s'abandonner simplement à tout ce qui se présente.

Mais ces trois éléments distincts sont-ils vraiment indissolubles? Nous devons le conclure d'abord d'une considération générale, celle de l'intégrité de l'homme dans chacun de ses états et de ses actes réfléchis. A l'ensemble des preuves qui résultent à cet égard de l'analyse des fonctions humaines (ci-dessus § vi-xii), ajoutons l'observation constante des faits de génération, d'altération, de lutte, de destruction et de renouvelle-

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ment des systèmes , dans tous les ordres de connaissances. J'écarte pour un moment cette part minime de vérités qu'on estime de pur raisonnement, ou d'observation pure, ou de jugement nécessaire et universel. L'élément de Ta perception sensible ou rationnelle est partout, et on ne le conteste pas. L'élément passionnel et l'élément volontaire entrent visiblement dans toutes les aliirmations relatives à la vie et à la conduite. Enfin, si les doctrines se formaient indépendamment d'eux, elles ne seraient pas si variables, si divergentes, et les sciences elles-mêmes n'anticiperaient pas si habituellement sur les faits acquis, mais se développeraient d'une marche toujours régulière, et banniraient toute controverse. On a vu, on voit encore jusqu'aux mathématiques avoir leurs sophismes, leurs erreurs, leurs trouvailles impossibles ; et l'exemple d'Hobbes, un remarquable logicien qui prétendit réformer les principes d'Euclide, se reproduirait plus souvent peut-être si les écoliers , si les maîtres eux-mêmes se défiaient moins de leurs propres forces et ne déféraient plus qu'on ne croit à l'autorité traditionnelle en même temps qu'à la raison abstraite.

Mais puisj»^ admettre quelque part de purs raisonnements, une observation pure et des jugements nécessaires : nécessaires dans le sens d'une parfaite impossibilité de les frapper d'un doute quelconque? Et n'est-ce pas là reconnaître des vérités que ni la passion ni la volonté ne concourent à poser?

Je les admets, quand je ne songe à leur opposer que cette grossière intervention des passions, des croyances

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