‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 145 sur 278 · DOUTE, CROYANCE, CERTITUDE MORALE · texte numérisé non relu

DOUTE, CROYANCE, CERTITUDE MORALE

compte dans Tanalyse de l'homme complet et des éléments inhérents à la certitude. Oserait-on dire en effet que la certitude n'a pas besoin d'être réfléchie?

En résumé, nous distinguons dans la constitution de la certitude, outre l'apparence intellectuelle, debx forces dont nous ne séparons pas cette apparence : la force qui pousse à affirmer, et celle qui se fait sciemmedt affirmative, la passion et la volonté. Cette dernière , si nous acceptions l'hypothèse de la nécessité , manquerait de réalité au fond, mais la place en serait occupée par le fait capital de la diversité des doctrines et des opinions dans tous les temps, et dans le développement d'une même conscience. Ainsi la certitude ne pourrait point se constituer universellement, soit à part des con- Tictions propres de chacun. Dans l'hypothèse de la liberté, c'est à la liberté qu'il appartient de poser le fondement de la certitude.

Le signe radical de la volonté, la marque essentielle de ce développement achevé qui fait l'homme capable de spéculation sur toutes choses, et l'élève à sa dignité d'être indépendant et autonome, c'est la possibilité du doute. Aussi n'est-il pas étonnant que l'homme éclairé et cultivé se distingue beaucoup plus par les points de jugement où il se laisse aborder au doute, et convient de son ignorance, que par ceux où il possède une assurance imperturbable. Au contraire l'ignorant doute peu, le sot encore moins, et le fou jamais. Le monde serait bien différent de ce qu'il est, si la plupart des hommes savaient douter : on ne les verrait pas, esclaves

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de leurs habitudes et de leurs préjugés, ne s'y sous* traire le plus souvent que pour subir le pouvoir de l'i* magination, et s'éblouir des prestiges que la force ou Téloquence de quelques-uns sont en possession d'opérer,

La certitude n'est donc pas et ne peut pas être un absolu. Elle est, ce qu'on a trop souvent oublié, un état et un acte de l'homme : non pas un acte et un état où il àaisisse immédiatement ce qui ne saurait être inmiédiat, c'est-à-dire des faits et des lois extérieurs ou supérieurs à l'expérience actuelle , mais bien où il pose sa conscience telle qu'elle est et qu'il la soutient. A proprement parler, il n'y a pas de certitude ; il y a seulement des hommes certains. Ce devrait être une maxime universellement reçue que tout ce qui est dans la cothscience est relatif à la conscience; et puisqu'une vérité si simple a été implicitement niée par les philosophes, sans invoquer à l'appui tant d'arguments, celui qui la voudra considérer en face y trouvera de toutes les raisons la plus forte pour rejeter le dogmatisme de l'é» vidence et de l'entendement pur.

L'homme , par rapport à l'objet quelconque de sa pensée, est certain, s'il le comprend de toute l'étendue de son intelligence, et se sent porté par un instinct puissant, animé d'une volonté immuable en l'affirmant, et se complaît dans cette affirmation, entièrement et sans résorve. Maintenant serait-il possible que la chose ainsi aimée, comprise et voulue de toutes les forces de la conscience n'existât point comme la conscience la pose? Oui, dira le savoir, oui, à l'extrême rigueur et dans

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