‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 147 sur 278 · DOUTR, CROYANCE, CERTITUDE MORALE · texte numérisé non relu

DOUTR, CROYANCE, CERTITUDE MORALE

contradictoire, car il faudrait penser que peut-être on ne pense pas ce qu'on pense, ce qui est précisément le penser. Si jusqu'ici je n'ai pas fait mention de ce type premier et irréfragable de l'évidence , je l'ai constamment supposé ; mais je ne devais pas lui donner le nom de certitude, car il est le refuge de ceux qui n'en admettent aucune : les sceptiques. Au-delà de ce point précis et très étroit de la conscience, qui est le phainetai des pyrrhoniens, commence l'application du jugement aui réalités de l'imagination et de la mémoire, aux lois universelles de la raison et aux êtres de l'univers : c'est le véritable champ de la certitude. Là aussi le doute spéculatif commence pour se prolonger, en se marquant de plus en plus, dans le domaine de la science et des sciences, et à travers toutes les théories dont la portée, dépassant l'expérience actuelle , embrasse à la fin un ordre de nos affirmations où le cercle entier de l'analyse et de la synthèse ne peut jamais être parcouru.

La certitude est éminemment une assiette morale, conclusion hardie , mais justifiée par tout ce qui précède. Il nous reste à considérer .cette assiette de plus près, et dans son rapport avec la liberté ; à définir l'appui qu'elle trouve, hors de la conscience individuelle, dans le témoignage constant de l'humanité ; à déterminer les classes d'objets où elle s'établit, selon la nature des jugements portés et des états intellectuels ou passionnels qui molivent ces jugements, enfin à distinguer ce moment et cette limite où, des degrés venant à s'y marquer nettement, la certitude n'est plus certitude, mais probabilité.

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