CRITÈRE DU SENS C051MUN
reusement, et plus profondément Ton creuse, plus on semble s'éloigner de ce sens commun prétendu, jusqu'à le contredire, jusqu'à le mépriser. Du moins les philosophes se voient souvent accuser d'être dépourvus de ce don si bien partagé. Est-il présumable que les plus puissants esprits soient privés du bon sens, ou que la réflexion et l'élude ne puissent qu'ébranler ou obscurcir ce qui sans elles eût été parfaitement clair et assuré? Ne devons-nous pas plutôt penser que les questions résolues par le sens commun ne sont point celles qui occupent la science?
Mais qu'est-ce que le sens commun ? Et qui répondra à cette question même : Qu'est-ce que le sens commun? La division s'établit sur ce premier point, ce qui est curieux , mais ce qui devait être. Si le sens commun n*est que l'ensemble des données par lesquelles les hommes se conduisent dans la vie, et qui les distinguent des idiots (formule de Reid), on n'en tirera ni théories ni connaissances précises, pas plus que si l'on disait : la philosophie est dans l'homme ; il ne reste qu'à l'en extraire. Si le sens commun est simplement la raison (opinion de Dugald Stewart) , il n'est pas propre à faire disparaître les contradictions où l'usage de la raison a permis aux philosophes de s'engager les uns contre les autres. Si le sens commun est une disposition des hommes, ou de la plupart d'entre eux, à porter un jugement commun et uniforme, d'ailleurs primitif, sur des objets différents du sens intime de leur propre perception (définition de BufBer], cette vraisemblance au suprême degré, celte évidence, qui n'est pas du genre suprême d'évidence,