CRITICISME DE KANT
libre aussi, quoi qu'il fasse, ses cat^ories sont libres, ses antinomies sont libres.
Nais peut-être la liberté n'a sa place, dans ]a conscience, que relativement à la passion, au devoir, aux choses de la vie? La raison pure s'en affranchit? Sans doute, Kant le croit ainsi ; mais pour ne pas se tromper, il devrait être sans préjugés, sans habitudes, sans parti pris, sans désir, sans espérance, sans but. Et quel homme est ainsi fait? Kant réfléchit, pèse, étudie, change de pensée , compose et recompose son œuvre, comme firent les Desçartes et comme feront les Fichte, et comme nous faisons : ses jugements ne sont p^s plus nécessaires que les nôtres, qui diffèrent souvent des siens.
Pourquoi les jugements de la critique de la raison pure seraient-ils plus nécessaires que ceux de la dogmatique de Wolf, éminemment nécessaires selon Wolf, faux selon Kant? Si l'existence d'une chose en soi, inconnue et indéterminable, si la classification des catégories, tirée des espèces de la proposition, si les preuves à l'appui des thèses et antithèses antinomiques, si tout cela n'est que jugements nécessaires et parfaitement enchaînés, pourquoi de puissants esprits ( et qui s'intitulaient disciples] l'ont-ils aussitôt rejeté pour composer avec un autre esprit de nouveaux systèmes? Fichte s'est empressé de replacer dans le moi la mystérieuse substance ; Schelling et Hegel l'ont vue dans l'identité de la conscience et du monde; d'autres ont ramené les monades substantielles ; on a laissé de côté les catégories, ou l'on en a fait d'une autre nature; on s'est moqué des antinomies, et la raison pratique a pris rang.