‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 17 sur 278 · MONADOLOGIE · texte numérisé non relu

MONADOLOGIE

senlielle devrait s'ensuivre entre les monades qui possè* dent les unes et celles qui ne font qu'obéir aux autres. Mais puisque toutes les entéléchies sont représentatives et appétitives, et c'est là leur définition même, comment pourraient-elles agir sans poursuivre des fins appropriées à la nature et à l'étendue de leurs vues ? £t si les âmes sont toujours liées à des corps, c'est-à-dire aux monades composantes de ceux-ci, ne faut-il pas qu'elles se meuvent, et leurs mouvements sont-ils moins assujétis que ceux d'une monade quelconque au principe général de la causalité efficiente? Le sens que Leibniz donne à celte distinction nous échappe. Peut-être n'y doit-on voir qu'un reste d'attachement pour le mécanisme cartésien qu'il avait embrassé dès sa jeunesse, un désir de conserver dans la nature, ainsi que dans la science, un règne séparé de la figure et du mouvement, et, en faveur de la théologie, un règne des finalités entièrement consacré aux âmes. Cependant la puissante unité du système aurait exigé que la direction des modifications intérieures et spontanées de toutes les monades fût attribuée aux causes finales, difiTérentes, il est vrai, les unes des autres, par la nature et la conscience plus ou moins distincte des fins, tandis que les causes efficientes externes rentrent toutes dans la loi d'universelle harmonie.

En résumé, quand on sépare de la conception des monades un certain résidu de théologie et de psychologie vulgaires, on y trouve encore un vice capital : c'est l'exclusion donnée à toute une partie des lois nécessaires de la représentation ; Leibniz éloigne toute fonc-

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tîon d'étendue et de figure de la constitution de cette unité radicale dont il admet pourtant la multiplicité d'attributs, de facultés et d'actes. Par là, le système, étranger à la nature, est impuissant à descendre jusqu'aux faits, et l'expérience lui échappe.

L'impossibilité de rendre compte des évolutions naturelles des âmes, et de la génération et de la mort, engagea l'auteur de la monadologie à prendre un grand parti, et lui-même convint naïvement du motif. On peut dire qu'il renversa de ses propres mains ce qu'il y avait de faussement abstrait dans ses conceptions, et qu'à une hypothèse de chimères il substitua une supposition compatible avec les réalités. Il n'est point d'àmes entièrement séparées, dit-il, point de génératiofn ni de mort à parler rigoureusement. L'entélécbie d'un être vivant quelconque, même végétal, est liée à un corps organique naturel, inséparable et impérissable, dont tes éléments varient sans doute, et varient continuellement, mais qui persiste à travers ses modifications et ses métamorphoses. La génération est le développement d'une forme organique préexistante; la mort en est l'enveloppement, le repliement et la diminution. Le germe, où une certaine préformation est nécessairement donnée, est déjà, s'il s'agit du règne animal, un animal, un tout indissoluble de corps et d'âme. Tantôt l'être nait, se reproduit et meurt, sans changement d'espèce ; tantôt la conception dispose l'animal spermatique à une certaine grande transformation, et l'espèce change. Ce der- Dier cas a lieu dans la génc^ration des grands animaux.

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Il esl aisé de faire deux paris de celte grande hypothèse : la part des généralités, en admettant certaines métamorphoses profondes et encore inconnues dans Thistoire de la génération et de la corruption des vi- Yants ; la part des assertions plus particulières aventurées sur la foi d'une observation insuffisante et que rexpérience a démenties depuis. Leibniz aurait pu se borner à supposer que les phénomènes de la fécondation et ceux de la mort s'appliquent à de certains êtres persistants et graduellement transformés, dont les formes les plus élémentaires échappent à nos moyens actuels d'exploration ; la science expérimentale n'eût eu à lui opposer dès-lors que des faits négatifs, c'est-à-dire sans force. Mais, admettre que les germes contiennent, pour une multitude d'espèces, invariables par conséquent, Tétre organique préformé, dont la mort ne fait que réduire les formes que la génération n'a fait ellemême qu'étendre et développer, c'est en appeler directement À l'expérience. Charles Bonnet s'attacha à cette dernière partie de la pensée de Leibnitz et la généralisa pour rappliquer au règne organique tout entier. Le système de la préexistence et de Yemboîtement des germes eut alors un grand cours ; mais bientôt les ôb-s^vations embryogéniques le réduisirent aux expédients en rendant de plus en plus manifeste que la formation des organes procède, non par voie de grossissement, mais bien, de complexité croissante dans une masse rdativement simple. Cette condamnation ne saurait légitimement s'étendre jusqu'à l'hypothèse des êtres élémentaires, soit des organismes en puissance, soit

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même des animaux complets, latents, antérieurs et pos« térieurs aux existences communément visibles. Une vaste carrière est ouverte dans cette direction à la science spéculative et à l'observation elle-même.

Revenons à la question de méthode et au rapport entre les fonctions physiques et vitales des phénomènes* Une illustre et sage école de médecine s'est attachée constamment à présenter la distinction des deux ordres sous le vrai jour et de la manière la plus scientifique ; et sans doute elle eût réussi, si elle eût pu rejeter entièrement ces substances et ces essences causales, dont la tradition philosophique lui imposait le fardeau. Hais remploi des termes idologiques a souvent défiguré le langage des représentants les plus autorisés du vita-lismey et même alors qu'ils nous avertissent de ne les pas prendre à la lettre, nous sommes obligés de peser la valeur des mots dont il leur est impossible de se pas* ser. A ce point de vue je crois devoir opposer ici ma logique aux formules d'une école dont je connais les mérites et qui a su se préserver toujours des écarts de doctrine et des hypothèses à la mode.

Tidèle à l'expérience qui est sérieusement sa méthode» l'école de Montpellier ne défigure pas les faits en les observant, et l'induction ne devient jamais pour elle une généralisation arbitraire. Elle distingue ce qui est distinct, unit ce qui est uni dans les phénomènes. Elle repousse le matérialisme comme hypothèse, et de plus» comme inintelligible ; elle repousse V animisme, parce que les forces de l'intelligence et les forces delà vie, ainsi

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