LA LIBERTÉ
elle est le commencement même et Tétre même, sans autre explication possible, et que, sous ces conditions, elle est ce même commencement qui se connaît et cet être qui, donné à soi pour une partie, pour une autre partie, se fait et s'achève.
Lorsque la liberté fait son apparition dans un être donné, cet être lié par mille rapports aux autres êtres, et à ce que lui-même était, à toutes les lois qui le constituent en le liant à soi et au monde, cet être acquiert une existence incomparablement plus propre; il se distinguait, il se sépare; il était lui, il devient par lui : de lèt, une essence, ou, si Ton veut, une substance, dans le sens donné quelquefois à ces mots, un individu, et le plus individuel qui nous soit connu, l'individu humain, la personne humaine. A la place d'un substrat cbimé^ rique, où les philosophes ont tant cherché une permanence non moins imaginaire de l'être, nous voyons le substrat réel, l'ensemble des phénomènes composants et de leurs conditions ,' substrat variable et toutefois constant, car il ne varie que déterminé par des lois fixes; puis , par-dessus celui-ci , sa possession par la liberté. Et cette possession , cette puissance des futurs libres, clairement témoignée, unie à la prévision et à la mémoire, est le principe de la permanence sérieuse, de celle qui n'excluant pas le changement et le progrès, mais les enveloppant, résulte delà subordination des phénomènes personnels, passés, présents et futurs, à une seule et même conscience de pouvoir et àeîàWBi 4'oii jaillit la source des actes moraux-
PRINCIPE D'iNDIYIDUATIOR ET DE PERMANENCE 489
Ceux des phénomènes nécessaires et enchaînés nécessairement, qui composent l'homme dans le temps, posent sa permanence ou la suppriment, selon le point de vue. La liberté à son tour fait la permanence de la personne, et aussi la rompt, puisque c'est à elle qu'il appartient de créer Yhomme nouveau contre Vhomme ancien, et que ses produits sont impliqués dans les données antérieures, comme possibles seulement, non comme réels. Telle est donc la véritable permanence : ici, une loi dans le changement; là, une conscience qui le domine. Toute autre serait incompatible avec les variations de la nature et de la personne humaines.
La liberté est enfin le principe suprême de l'individuation, autrefois vainement assigné dans les incompréhensibles essences de la forme ou de la matière. Pour les règnes inférieurs à l'homme, la définition de l'individu résulte de celle delà fonction, ou des ensembles de fonctions qui se réunissent pour former des êtres, selon ce que nous en apprend l'expérience. Lorsque parait la personne, quelle individuation plus profonde, plus décisive, que celle qui naît du pouvoir d'un être sui jurit^ et de la constitution d'un ordre qui se fait soimême, en se tranchant de tout ordre antérieurement donné, ou prévoyable avec une entière certitude !
La doctrine scientifique des phénomènes et des lois, quand nous croyons à la liberté , se présente à nous avec un caractère bien différent de ce que les philosophes imaginent communément. Ces principes d'individuation et de permanence, qu'il leur plait de demander à la Bubttance et de fo/ider sur des chimères, nous les