‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 188 sur 278 · HISTOIRE NATURELLE ET SCIENCES EXPERIMENTALES, S · texte numérisé non relu

HISTOIRE NATURELLE ET SCIENCES EXPERIMENTALES, S

rbomme, et ceux des éléments, fonctions ou rapports de c^ mêmes êtres qui n'exigent pour être constatés, ni spéculation préalable, ni d'autre analyse que par les sens ou par les instruments de Tobseryation pure. Seulement le témoignage et la tradition interviennent dans une certaine mesure» soit pour que les travaux des hommes s'accumulent et s'associent, soit afin que l'observation s'étende aux faits distribués par une loi de temps. J'examinerai ailleurs le principe de cette inter- Tention. Lorsque la tradition et le témoignage, de subsidiaires qu'ils étaient, deviennent les moyens essentiels de la connaissance , on passe de l'bistoire naturelle à l'histoire proprement dite« histoire des sociétés, des mœurs, des idées, des événements humains. Ce serait encore là de l'histoire naturelle, n'était le changement si grave que subissent la méthode et la critique des faits.

Les sciences naturelles, ainsi déterminées et circonscrites, circonscrites et bornées comme elles ne le sont pas en réahté pour le savant, on le sait et on le conçoit sans peine, formeraient un établissement préliminaire de celui des sciences expérimentales, d'ailleurs sans préjudice de leur intérêt propre. Elles ne généraliseraient pas trop les phénomènes, et ne considéreraient jamais lesforces d'une manière abstraite. Les seules lois qu'elles se proposeraient d'atteindre se résumeraient dans les tableaux mêmes des faits acquis, ot consisteraient principalement en classifications. Les seules hypothèses qu'elles se permettraient seraient ces séries artificielles, aides de la mémoire. et du travail, qui précèdent, en

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tout genre , la recherche difficile des familles natu-relies. Encore même le caractère d'hypothèse est-il peu apparent dans une classification artificielle, qu'on ne se dissimule pas n'être qu'une convention.

Toutefois les naturalistes ne se font pas faute d'hypothèses, et on doit contenir que tous les genres d*étude ont leurs inductions, inévitables, utiles, plus ou moins probables, plus ou moins yérifiables. Il s'en présente spécialement sur les questions de formation et d'origine, eu géologie, en zoologie, etc. Ce qu'il ne faudrait pas, et ce qui est commun, c'est d'altérer la science en mêlant les suppositions et les faits, ce qui est acquis avec ce qui ne l'est pas et quelquefois ne saurait l'être. Le jnal est plus grand lorsque l'ambition de démontrer porte & déguiser sous l'appareil scientifique une supposition arbitraire. Par exemple, les zoologistes attacheront le caractère de Vespèce à la faculté, constatée pour toutes les races ou variétés qui en font partie, de s'unir entre elles, et de donner des produits eux-mêmes féconds. Voilà une définition irréprochable sans doute. Hais, d'une autre part, on est dans l'habitude de composer Y espèce de tous les individus ou races primitivement issus d'un seul et même couple. Cette définition vulgaire est-elle identique à la première? On l'ignore. On ne prouve point qu'une espèce ou même une race n'ont pu faire leur première apparition en plusieurs couples, en plusieurs familles aussi bien qu'en une seule ; et il est à peu près sûr qu'on ne le prouvera jamais. C'est donc un vrai sophisme de conclure l'unité d'origine de l'espèce humaine de la définition confuse

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de Tespèce en général, et du fait des croisements indéfiniment féconds des différentes races qui composent l'humanité.

La physique généralise les phénomènes et s'attache, non plus aux êtres, mais à des faits d'ordre général, conditions ou conséquences de leur constitution et de leur développement : c'est la pesanteur, c'est la chaleur, c'est la lumière, c'est l'électricité; ce sont les grands mouvements observés dans l'espace, étudiés, précisés, ramenés de leurs apparences à leurs réalités, enfin rattachés & celle des forces naturelles où ils ont leur source commune ; ce sont des fonctions qui toutes intéressent tous les .corps, se modifient, il est vrai, selon les propriétés spécifiques de ces derniers, mais ne laissent pas d*étre telles que Ton puisse les définir avec une généralité qui les élève au-dessus des individus et des es<* pèces. Aussi a-ton pu ériger trop facilement ces phénomènes , ces fonctions des corps , en corps particuliers ou en entités, comme le témoigne l'histoire de la science.

La physique abstrait donc certaines séries de phénomènes de la iiature et s'en fait un sujet de spéculation propre, à peu près indépendamment des existences individuelles et des classes de ces existences. Elle pousse cette abstraction, autant que possible, jusqu'à préparer l'application de la méthode mathématique à la définition et à l'exploration de ses objets : plusieurs de ses branches sont devenues toutes mathématiques en effet (comme l'astronomie et l'optique}, sauf en ce qui con-

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