‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 197 sur 278 · CRITIQUE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

CRITIQUE HISTORIQUE

raaine. Je ne saurais toutefois lu^arréter quant à présent sur ce sujetr

Mais les sciences historiques ne sont pas seulement des branches comme je viens de le dire : sous un point de vue essentiel de la méthode, elles forment dans leur ensemble une grande division de la critique, collatérale de la critique proprement dite. De même que nous avons dû distinguer dans les sciences physiques, et ces sciences elles-mêmes et l'histoire naturelle (t), de même ici, à côté de chaque partie de la critique en quelque sorte indépendante du temps et des hommes, faisons constamment place à la critique exégétique des idées, des usages ou des faits humains, et cela tant de leur développement que de leur état actuel. Nous classerons dinsi V histoire de la philosophie, Y histoire des sciences, Y histoire de la morale, Y histoire des religions, etc.; et nous comprendrons avec Texposition des choses du passé celle des choses du présent chez les différents peuples. L'histoire proprement dite, trop souvent limitée aux faits qui ont le caractère d'événements, et même

(1) Cette distÎDction n*est reçue qu'en apparence dans la classification de l'école positiviste, fin fond elle est méconnue complètement. En effet, pour vouloir assujétir l'bîstoire naturelfe à la physique, à la chimie, à la biologie, il faut ne pas se rendre compte de sa méthode propre, qui est la pure observation, la description et la classification des êtres, plut6t que la recherche des lois et des fonctions générales moyennant certaines abstractions. Sans doute les sciences proprement descriptives ont des rapports intimes avec celles qui manient l'expérience artificielle; mais confondre pour cela Tobjet et le but, si différents de part et d'autre, c'est ce que j*appelle supprimer l histoire naturelle.

CRITIQUE HISTORIQDfi. 535

à certains d'entre eux, formera, réunie aux précédentes sciences historiques, et à Yarchéologie qui atteint le passé par Tintermédiaire de ses monuments, et à la linguistique, dont les recherches joignent essentiellement Fétude de ce qui est à l'étude de ce qui fut, et à Véthnologie, à la statistique, à toutes les divisions ou subdivisions qui ont été ou peuvent être reconnues dans ce vaste sujet, une science totale de la critique historique, appelée à tracer le tableau complet de l'humanité et de toutes ses fonctions aux différents âges jusqu'au temps préseqt.

La philosophie de l'histoire n'est que l'histoire même, réduite à ses plus hautes généralités morales, et parvenue à formuler, au-dessus de l'ordre et de la succession empirique des faits, les lois nécessaires de leur production et de leur enchaînement, ainsi que des idées qui les gouvernent. Elle semblerait donc n'avoir point de" place à part, non plus que n'en a une théorie à côté des phénomènes qu'elle embrasse. Il en est ainsi en effet, un grossier empirisme peut seul le contester, s'il est vrai que les faits soient régis par des lois générales et nécessaires , sans réserve. Mais cette question même, que l'expérience ne saurait décider, appartient à la critique générale. Celle-ci prononçant, comme je le crois, qu'il existe une réserve copsidérable, probable, et dont la croyance morale peut affirmer résolument la réalité ( Y' ci-<iessus § xvii ) , il en résulte que la philosophie de l'histoire est une partie de la critique historique, intermédiaire entre la critique générale et l'histoire proprement dite, et que Ton doit voir en elle, à ce

Page 1