CONFLIT DES CONSCIENCES
après qu'ils sont descendus en eux-mêmes, n'y trouvent que le désert ou le chaos, le silence ou mille voix confuses, et dans leur effroi, pressés de se fuir, se donnent au premier système qui passe. L'ombre de la certitude, une autorité extérieure leur tient lieu de conscience» et souvent ils pensent croire bien plutôt qu'ils ne croient. D'autres, mais plus rares, en se sondant avec énergie et persistance, ont fait jaillir les sources vives de la certitude. Leurs âmes sont d'abord pénétrées de joye; mais ensuite elles se sentent malheureuses jusqu'à ce qu'elles les aient communiquées aux autres âmes. Il n'y a plus de repos pour elles, à moins qu'il ne se forme une société de toutes celles qui puisent aux mêmes eaux, et qu'une voix commune appelle à les partager toutes celles qui en sont altérées.
Ainsi se fondent les philosophies et les religions, qui sont aussi des systèmes qui passent, mais qui régnent en passant, ordonnent des sociétés, établissent des traditions, préparent des abris aux consciences. Car la plupart des hommes n'ont ni tant de force qu'ils puissent d'eux-mêmes atteindre la certitude et s'y tenir» ni tant de faiblesse que chaque nouvelle rencontre les ébranle. Incapables de convictions propres , défiants des pensées d'autrui, ce n'est qu'en se sentant appuyés et confirmés par tout ce qui les entoure qu'ils obtiennent une foi ferme et pratiquent une morale positive. Ceux-là mêmes qui possèdent la certitude intime et originale , se sachant faillibles et se voyant contredits » peuvent sentir leur volonté fléchir ou s'attiédir leur ar-
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deur. Cesl donc pour eux comme pour tous un inestimable bienfait d'échapper à la solitude et de partager la pensée avec rhumanité.
L'accord des idées, la communion des cœurs, l'unité des pratiques, réalisent une manière d'existence visible de la certitude. L'esprit sait bien que le nombre et l'approbation sont des fondements incerlainement posés et qui ne s'enfoncent pas très avant dans les ré-> gions du temps et de l'espace ; mais le cœur en juge autrement, et ses aspirations à l'identité, demi-satisfailes, simulent l'idéal atteint et se déguisent en preuve de fait. Il est vrai que si jamais l'humanité actuelle se constituait dans la réelle unité de certitude, et s'y reposait, elle approcherait du droit de se considérer comme rhumanité même, et les hommes devraient se croire en possession de la vérité, sous l'espèce de la pensée com" mune à tous les êtres pensants connus.
La ue humaine semble incapable d'un si grand bien, ou du moins elle ne le porte en elle que latent, ne l'obtient déclaré que successivement et pour un petit nombre de données essentielles. D'ailleurs, nous sommes libres ; nous ne fixons point hors de nous la vérité immuable; nous ne cédons point à l'évidence, ou c'est nous qui la nommons ; et si nous suivons l'exemple et' ^
le témoignage, même approchants de l'universel, ce n'est point avec cette sûreté prétendue inébranlable, ab- , solue : mais nous produisons la croyance par un effort de notre activité raisonnable tl passionnée, pour laquelle le consentement d'autrui et l'accord même général ne sauraient être ni indifférents «li nécessitants. La
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cerlitiide ainsi produite, cet accord, ce consentement, servent graduellement à la vérifier, à la confirmer.
Quelle que soit la pensée du monde, s'il s'agit d'une de ces vérités où Thumanilé varie et dispute, si ma conviction est entière, si je saisis de toute ma raison, si j'aime de tout mon cœur, si j'étreins de toute ma vobnté l'objet dé ma croyance, le plus haut degré de la certitude se trouve pour moi dans ce qui parait extérieurement le moindre. Au milieu des dénégations et des fureurs, un homme peut posséder seul sa vérité et s'y maintenir ; il peut protester contre l'habitude, entrer en lutte avec la nature, ou avec ce qui en usurpe le nom, braver le scandale, défier le présent, invoquer l'avenir. Les philosophes qui ont conquis le monde à une idée ont commencé par nier toute, la philosophie acquise, et les révélateurs religieux se sont affirmés contre la religion. La conscience est au-dessus du monde ; alors même qu'elle se rend au monde, elle le domine, puisque pour s'y soumettre elle l'a jugé.
La certitude, produit de la liberté qui se détermine, son maintien, son développement, les pensées et les travaux que nous y enchaînons dans le cours -d'une existence intellectuelle et morale, sont l'origine et les ' effets d'un véritable contrat de l'homme avec lui-même. En face de ce contrat personnel^ se pose un cofUrat social qui l'implique.
Toute société suppose un contrat social^ je donne ce
nom à l'ensemble des droits et des devoirs ,qui informe
consciences, c'est-à-dire à cette convention, claire