NATURE ET PHASES DU CONTRAT SOCIAL
dislingue, réunit, abstrait, généralise, classe, forme d'un tout des parties et des parties un tout ; il définit et affirme ; puis, se fiant au langage, dont ses travaux ne peuvent manquer d'être solidaires, il croit communiquer à tous, au moyen de cet organe imparfait, des vérités dont la Nature a dû, pense-t-il, déposer dans tous une identique puissance. Il ne s'avoue pas encore que le savoir qu*'il veut communiquer dépend en grande partie d'un pacte personnel de vérité et de légitimité, filé par un concert de son intelligence, de ses affections et de sa volonté. Il ne sait pas que la question, dès-lors, est moins d'enseigner didactiquement que de faire en sorte que ce pacte devienne, s'il se peut, celui de tout homme avec soi-môme. Mais l'expérience ne tarde pas à montrer que le contrat de la raison a, comme les produits instinctifs du sentiment, ses phases et ses révolutions.
Les cités se fondent sur les premiers éléments d'un contrat de morale et de religion. Ce même esprit, qui fait qu'un peuple existe, engendre pour lui des coutumes et des lois, que la tradition consacre et perpétue autant qu'il est possible. Quelquefois le pacte primitif prendra la figure d'une alliance conclue entre une nation et le Dieu de sa foi, par Tenlremise de ses prophètes et de ses prêtres. Mais dans le cours de l'histoire, le nœud se^ relâchera en faveur de la liberté des personnes et de leurs croyances, et le lien social deviendra principalement humain. Les plus fortes nations sont précisément celles qui donnent ce grand exemple à toutes les autres.