‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 206 sur 278 · S50 NÀTURB ET PHASES DU CONTRAT SOCIAL · texte numérisé non relu

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encore enveloppées dans les langes d'une théocratie étouffante (1). On voit alors les citoyens chercher, réaliser, sous des rites divers, par les mystères, dans les églises, des modes libres et variés d'association religieuse, au sein de la loi commune qui ne devrait ni les exclure ni les imposer.

Les familles , les cités , les peuples sont les formes vivantes g|u contrat ; la propriété , substance de la famille, les institutions, les lois en sont la matière que l-homme travaille, et dont lui-môme devient le produit. Le contrat fait la coutume et , par elle , nous entoure avant le berceau, let nous enchaîne de mille manières pendant la vie. Après l'avoir subi d'abord sans le connaître, enfants, noi^s en pressentons instinctivement les lois fessetilielles, et notre raison les affirme en se formant. Nous reconnaissons et nous assurons son empire tout entiçr par l'acceptation des biens qu'il nous donne; nous en professons la vérité 4&ns toute la suite de nos jugements et de nos actes, que l'habitude et l'exemple déterminent. Enfin , devenus hommes (com-

(1) Une Dation fait exception à cette Ipi : la nation juive, celle entre toutes qui a le plus e^iplicitement adopté la fqrme d*i|ne alliance entre le Peuple et Dieu, et dont Ténergique vitalité a cependant égalé à certains égards Tœuvre sociale des races les plus émancipées. Mais ce qui sauva la Judée, ce qui fit sa grandeur, c'est d'abord que sa loi religieuse fut elle-même une loi humaine, nullement conçue en vue d'une autre destinée que la destinée terrestre. C'est ensuite que son principe théoeratique n'aboutit point à la constitution d'un sa* cerdoce investi de grands pouvoirs. Cette double particularité est la clé de tout ce qui saisit d'admiration l'historien impartial en présence du monde hébreu.

l'autorit8, la libeutë. 551

bien ne franchissent jamais ce passage I ), nous pouvons et devons dominer, posséder, ce qui nous dominait et nous possédait. Le précieux dépôt reçu de nos pères, et que nous devons transmettre à nos fils, sera, si nous voulons, en notre puissance. A nous de Taccrottre ou de le transformer, sous notre responsabilité personnelle, dans la mesure oh il est donné à un de modifier les relations et les destinées de tous.

Le propre de tout contrat iocial, en tant que principe de coutumes , de traditions et de lois , confiées à l'honneur et à la vertu, défendues au besoin par la crainte, parait être de constituer une autorité. L'autorité, telle est bien la plus haute notion que nous puissions nous en former, indépendamment des pouvoirs accessoires et de nature variable dont certains peuvent être investis pour la soutenir. Hais, vis-à-rvis d'elle, appuyé sur le contrat personnel qu'il s'est fait, et qui souvent sera contraire à celui qui régit le peuple, tout homme peut poser la liberté en sa personne. Ici se trouve, dans la liberté de jugement et de croyance, l'origine profonde de la liberté civile et politique. Le contrat social, quelque fortement établi qu'on le suppose, ne saurait jamais emprunter sa légitimité que du consentement actuel des membres de la famille humaine. Donc tout contrat de ce genre est une synthèse de l'autorité et de la liberté , ou cesse d'être strictement obligatoire.

L'autorité est un principe de religion, qui suppose les hommes liés et les envisage comme Un. Cet Un est une

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totalité, rhumanité même» ficlivement réunie malgré ses divisions, fictivement étendue à tous les temps, puis opposée à chacun de ces hommes individuels, unités véritables et concrètes. Essentiellement abstraite, quand on la prend dans sa rigueur, Tautorité ne saurait être un pouvoir effectif, ni produire des effets de contrainte. Pour lui donner pouvoir et sanction, les hommes d'une haute antiquité (cet esprit ancien a conservé de fortes racines dans le monde] imaginent uii type universel de conscience et de vérité, divin par Torigine, humain par les effets , car ils le feignent représenté par une ou plusieurs personnes appelées à commander aux autres. L'autorité est alors loi vivante, et se communique ou se transmet par ceux en qui elle réside. La liberté de quelques-uns assume en soi la monstrueuse représentation de l'autorité, son contraire logique. Il peut arriver aussi en tout temps que les divisions nées de l'exercice de la liberté naturelle obligent les hommes à l'abdiquer de gré ou de force, pour se placer sous le joug commun d'une volonté unique. Religieuse ou politique dans son principe, et de quelques noms qu'on la décore , cette fiction de l'autorité en vient rapidement à n'être que la force pure, vis-à-vis de ceux qui, l'ayant sondée, refusent de s'y soumettre. Ainsi, l'autorité vraie n'étant pas réalisable, parce que de fait l'unité n'est point donnée en face de l'individu, parce que l'unanimité est une chimère et la majorité un témoignage de la division, parce que l'homme type n'existe nulle part et que les dieux ont des hommes pour truchements , on intronise Tautprjlé faqs^e, qui n'esfrque la fiction grpgsière d'une fio^

L^ÀUTORITË, LA LIBRRTti. 553

tion ; la religion se fait contraignante et exterminatrice, en attendant d'être contrainte ou exterminée , et l'état social est une guerre sourde qu'il est enjoint aux vaincus de reconnaître et de bénir comme l'éternelle paix.

La liberté est un principe de scission. Elle consiste d'une manière générale dans le droit de tout homme de donner ou de refuser son consentement , selon ses lumières et le sentiment qu'il porte en lui , à l'ordre de vérités et de pratiques qu'une autorité quelconque lui propose. Ce droit est réel, inévitable, même vis-à-vis de l'autorité vraie et en tant que celle-ci se révèle, car il faut bien que la personne adhère, consente, veuille. C'est elle qui veut, c'est donc toujours elle qui prononce en dernier ressort. Et c'est encore elle, d'un autre côté, qui fait la dignité et l'essence même de l'autorité , laquelle ne serait rien si elle n'avait son siège dans une certaine conscience. Mais un homme ne peut se prendre pour le type unique et invariable de la moralité. N'est-il pas fonction partielle de l'ordre social où son existence est enveloppée? Ne tient-il pas toujours compte de l'esprit et des croyances d'autrui? Et ne pense-l-il pas se déterminer conformément aux lois générales de la conscience, c'est-à-dire sur le critère de l'autorité universelle, alors même qu'il résiste à l'autorité prétendue? Enfin, tant que la liberté divise, et elle divise nécessairement ou sur un point ou sur un autre, elle est réduite à porter sur ses plus solides résolutions une certaine ombre de doute, aussi légère qu'on voudra selon les cas, mais réelle, puisque la fin dernière des cœurs et de3 intelligences suppose le bien un, la vérité une.

SK4 CONFLIT DE L*ÂUT0R1TË BT DE Là LIBERTE.

La vie d'un homme, élevé au-dessus de Tempire des habitudes, présente un balancement continuel des prin* cipes d'autorité et de liberté. Examiner, critiquer, ad* mettre , rejeter, proposer, sanctionner, sont des fonctions essentielles de l'existence morale. Toute conscience est pour elle-même le théâtre de luttes semblables qui, à plus forte raison, doivent éclater entre des consciences diverses. L'histoire de l'humanité offre donc à son tour une série d'oscillations de l'autorité à la liberté, ou, pour mieux dire, entre des groupes inégaux de libertés, déterminées en divers sens. De là nail la loi des majorités, moins barbare que celle de la force pure, et qui n'en est pourtant qu'une sorte d'application paciGque. Une première synthèse de l'autorité et de la liberté s'ébauche au moyen de cette loi , mais combien grossièrement , et au prix de quelles erreurs et de quels sacrifices, on peut en juger par le fait seul des vicissitudes historiques des opinions victorieuses ou vaincues, en-suite par l'inaptitude ou la corruption de certaines majorités trop peu libres, et par le triste recours à la force de certaines minorités opprimées.

La loi des majorités ne peut s'organiser dans un état, sans que le contrat qui lie les citoyens devienne en grande partie explicite et formel. La reconnaissance de la liberté dans une certaine mesure en est nécessairement la suite, et la véritable essence de l'autorité tend à se faire jour. Sans doute il y a loin de ce système informe et souvent rebutant, où telles questions de raison et d'obligation morale se tranchent brutalement par le pombre des voix, tandis que l'aveugle coutume et des

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