‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 210 sur 278 · IDÉE GËN8RALE DU PROGRÈS · texte numérisé non relu

IDÉE GËN8RALE DU PROGRÈS

d'autant plus que nul ne peut dire où finit la nature, ni ce que c'est qui n'est pas elle. Hais on réclame pour tout fait extraordinaire une constatation en quelque sorte extraordinaire aussi, par l'esprit de rigueur, d'exactitude et de précision qui doit y être apporté ; et lorsqu'il s'agit d'un fait impossible à reproduire pour l'examen , on demande des témoins impartiaux , capables, instruits, bons observateurs, doués de l'esprit scientifique et médiocrement disposés à croire. Ces conditions sont déjà difiiciles k remplir pour les faits contemporains. De toutes contraires se rencontrent en beaucoup de cas, surtout quand les témoins appartiennent à l'antiquité ; toujours, quand ils attachent avec enthousiasme, dans un milieu fanatique, les premiers anneaux d'une chaîne de traditions de merveilles. Maintenant, si nous tenons compte de l'affaiblissement de valeur d'un témoignage dans une suite de transmissions, et dans une suite à part du cours commun de l'histoire, lequel se compose au contraire d'une multitude de séries diverses et concordantes ; si nous affectons la crédibilité du récit, d'un coêficient exigé par la nature du fait auquel il se rapporte, puis d'un autre, fondé sur les dispositions morales de ses auteurs superposés, ce dernier ^evé par conséquent à une certaine puissance; quelque loi et quelques nombres que nous adoptions, nou^ arrivons nécessairement à une probabilité si faible, qu'elle équivaut à une négation pratique des plus certaines. Or, ces motifs de renverser leurs traditions sacrées, les peuples émancipés en ont le sentiment très net, quoique peut-être un petit nombre de

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savants soient en état d'en apprécier les limites positives au moyen du calcul des probabilités.

Mais pendant que le contrat devient tout humain, et en grande partie actuel, il retrouve une nouvelle unité dans le temps, par l'histoire même de ses variations et des lois que la liberté n'empêche pa$ d'y apparaître. La filière des traditions rompue se rençue sur un autre principe, le principe du progrès. Au lieu de l'étroite solidarité de vie et de croyance qu'imposent & tous une fois pour toutes quelques ancêtres, léguant k la longue suite de leurs générations d'escla vesles premières chaînes dont l'ignorance et la passion les chargent eux-mêmes, on ouvre les yeux sur la vaste association où s'unissent librement les hommes du passé,^ du présent et de l'avenir, dans la tAche d'un travail commun, par les efforts et les succès divers de la recherche de la vérité et du bien.

En définissant les principes généraux de l'autorilé et de la liberté, ainsi que leur jeu dans la personne et dans l'histoire, j'ai exposé ce qu'un traité de la certitude peut renfermer de plus général sur l'afiirmation extra-scientifique, en tant qu'y interviennent le témoignage, l'exemple, la tradition et l'habitude , en regard de la liberté* personnelle. J'ai fait entendre aussi de quelle manière ce genre d'affirmations, au fur et h mesure du progrès^ de la liberté^ vient à relever de la critique, c'est-à-diredes méthodes des sciences, et jusqu'à un certain point de la science elle-même. Mais la nature des appréciations que la critique exige est telle ici que les probabili^

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