‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 213 sur 278 · PRINCIPES SOUVERAINS DE LA RAISON PRATIQUE · texte numérisé non relu

PRINCIPES SOUVERAINS DE LA RAISON PRATIQUE

L*clude des fins est , au contraire , de Fessence de ces autres sciences, dites morales et politiques» dont les principes sont souvent contestés, dont la constitution n*est pas faite. C'est par l'application de la lib^té humaine et personnelle à l'examen de la loi de finalité et au développement de son contenu le plus universel» que nous parviendrons, en éloignant 1^ recherche impossible des fii^s dernières, à déterminer les éléments probables d'une philosophie morale, et à jeter les bases des sciences qui en dépendent. Chaque pas fait dans cette carrière nous rappellera ce qu'il entre de croyance dans les fondements de la certitude, et tout particulièrement des vérités qui concernent les rapports de l'ordre du monde ^yec les destinéei; humaines. Les preuves que nous recueillerons ne tiendront point de la démonstration logique ou physique. Nous les donnerons pour des motifs de croire. Et les objets de ces preuves consisteront en hypothèses vraisemblables de la raison pratique. D*ailleurs, nous croirons fortifier la vérité, non l'afiaiblir, quand nous ne la porterons pas au-delà de ce que non; pouvons atteindre, et quand nous lui accorderons ses titres de foi ingénus, sans lui faire une escorte de fantômes de raisonnements apodictiques.

Deux principe^ domiqent tpute la critique de ]a rair son pratique ou morale, que nous abordons : ce sont la loi de finalité, forme essentielle du règne entier des états moraux et des passions, et la liberté, fait unique, modificateur de la loi, caractéristique des actes morau]^ et de la fqrce morale.

pu STSTEBIE DES FINS DE LA NATURE. 56?

Tout chaDgement implique une fin. Telle est la forme la plus universelle de la loi de fiualilé, forme donnée dans la représentation du monde par une conscience. D'après cette loi , une série de phénomènes successifs comporterait toujours , outre une subordination des conséquents aux antécédents , comme des effets à leurs causes, une subordination inverse des antécédents aux conséquents, comme des moyens & leurs fins prédéterminées. La position des fins dans la nature est pleine d'obscurités et d'incertitudes, en ce qui touche les phénomènes généraux ou particuliers du monde inorganique ; et on sait qu'il en est de même des causes, telles que la conscience les entend : la physique n'a pas dû moins d'erreurs h la vaine recherche des causes efficientes substantielles qu'à l'antique préoccupation des causes finales. Biais on peut dire que la finalité éclate aux yeux de l'observateur qui s'élève dans les règnes organiques, et cela plutôt et plus distinctement que la causalité, dont la notion n'arrive h sa clarté véritable qu'en se définissant sous une conscience bien déterminée.

L'étude la plus sommaire des lois de la vie montre l'organisation disposée pour les fonctions, et les fonctions composées les unes pour les autres, et le tout ordonné pour converger & l'existence, h la conservation et au développement, dans telles limites, de divers individus et de diverses espèces. Ce n'est pas à dire que la physiologie doive travailler à la détermination des causes finales sous leur aspect propre et direct : elle cesserait alors d'être une science physique ; mais, dans les

Page 1