SI LES ÊTRES ONT DES DESTINÉES INDIVIDUELLES
liberté Tenant à s'appliquer sans réserve aux conditions essentielles de Texistence, et à les poser ou supprimer sans obstacle, au milieu de Tignorance où nous sommes d'ailleurs de tant de choses indispensables, cette existence même se trouverait gravement compromise. Les autres , les fins nouvelles et variables , se présentent sous une pleitie illumination de la conscience qui se les propose et en ordonne les moyens. Le bien (le bien moral) et le beau sont leurs formes. La liberté les démêle, les compare, les unit, les oppose, en tenant compte de celles qui, provenues de l'instinct, se rangent en partie dans le domaine des volitions. Un choix est fait entre elles, une ordination se produit que la nature ne prescrivait point au nombre de ses lois, et l'homme, trouvant en partie sa destinée faite, en partie aussi se fait sa destinée.
La loi de la finalité, reconnue dans l'être, peut s'énoncer rigoureusement Vexntence d'une destinée de rStre. Cela posé, ce que nous apercevons de celte destinée dans les règnes organiques (principalement dans le règne animal) nous offre deux parts bien tranchées: l'une regarde l'individu une fois produit, quel qu'il soit, sa conservation et son développement entre les limites de la naissance et de la mort, tout autant que les fins qu'il appelé se trouvent compatibles avec les fins analogues des autres êtres, et ne viennent pas traverser l'irrésistible cours de quelques lois plus générales. L'autre part de la destinée comprend la propagation des individus, les uns moyennant les autres, et le
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maintien des espèces. Il est clair que cette dernière fin suppose en partie les fins individuelles, mais en se les subordonnant, et seulement jusqu'au point précis où rindi?idu a vaqué dans une certaine mesure à ses fonctions génératives.
C'est ici le lieu de formuler dans les termes les plus universels possibles la question qui est l'objet principal de ce chapitre : Peut-on tirer une induction légitime, de la destinée connue et partielle de certaine êtres individuels^ à une destinée générale et indéfiniment prolongée de ces mêmes êtres ? La légitimité dont je parle est une légitimité morale et pratique, la seule que nous puissions et devions reconnaître selon notre théorie de la certitude. Quant à la destinée générale que j'envisage, elle aurait, pour mériter ce nom, ce caractère d'étendre les fins propres des individus au-delà des phé^ nomènes actuellement sensibles, au-delà de la mort, qui semble les terminer en décomposant les formes individuelles elles-mêmes. Alors certains individus futurs, composés par des lois maintenant inconnues et dont l'applii^ation même nous échappe, produits sous des conditions d'espace et de temps que nous ignorons, présenteraient à l'observateiir possible une série de fonctions constituantes, qui seraient la suite et le développement des fonctions jadis observées dans les individus détruits. ,
Contre toute induction de ce genre s'inscrit d'abord un préjugé puissant, l'adage si souvent répété: «La ^ Nature crée les individus, comme tels, pour les « anéantir : elle prodigue les germes afin que de nou-