LÀ LIBERTÉ SELOJH KANT
quelque vérité plus rédiement intelHgible dont elle usurpe la place (1).
C'est un spectacle curieux et instructif que celui d'une philosophie qui , après avoir chassé de la théorie les abstractions entifiées et tout ce qui n'est point phénomène, se trouble et recule en face d'elle-même, au point de ramener ces mêmes abstractions comme fondements de la pratique, et de surpasser, dans cette nouvelle carrière, les doctrines les plus détachées de l'expérience. L'être en soi ne pouvant revenir de lui-même, la loi en soi lui fraie le chemin. L'abstraction ontologique rentre à la suite delà loi morale érigée en abstraction logique. Tel est le pouvoir de la tradition jusque sur les plus fermes génies I
On pensera peut-être que l'erreur de Kant a dû trouver une sorte de compensation dans la plénitude et l'énergie de la notion qu'il se formait de la liberté. Loin de là ; les fautes sont rarement utiles ; la liberté, envisagée dans un être en soi qui a ses lois propres, hors de l'expérience, séparée des phénomènes intellectuels et moraux dont la possibilité ambiguë cx)nstitue tout ce que nous savons d'elle, devient une chimère aussi et va s'évanouir. La volonté, dira Kant, dès qu'elle est indépendante de toutes causes étrangères, doit être une causalité agissant par des lois immuables^ mais d'espèce particulière, car autrement ufie volonté libre serait quelque ehose de chimérique... (2). C'est ad-
(1) Kant. Critique de la raison pratique, 1. L
(2) Kaot. Fondement de la métaphysique des mœurs.