‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 227 sur 278 · LÀ DIVINITÉ SELON LA RAISON PRATIQUE DE KANT · texte numérisé non relu

LÀ DIVINITÉ SELON LA RAISON PRATIQUE DE KANT

(elle que la conçoit Kant, tombe devant une objection toute semblable, et est aussi de nature à se transformer par une semblable généralisation. £xposons-la brièvement :

La félicité d'un être raisonnable suppose rharmonie de la nature avec le principe de la volonté de cet être et avec la totalité de ses fins : cette harmonie, dont la raison pratique impose la nécessité, ne résulte pas de la loi morale, qui n'a nul égard à nos désirs ni à la nature, et n'est point la cause de celle-ci ; pour la rendre possible, il faut donc la supposer garantie par une cause de l'univers distincte de la nature ; cette cause suprême doit donc être conforme à la loi morale, à l'idée de cette loi et à la moralité même ; elle doit donc avoir intelligence et volonté : elle doit être Dieu, auteur intelligent de la nature, bien souverain et primitif qui seul rend possible le souverain bien dérivé ou meilleur des mondes. L'existence de Dieu, dont la raison théorique n'admettait que la possibilité, est enfin un postulat nécessaire de la raison pratique, c'est-à-dire l'objet d'une foi néces* saire, mais d'une foi rationnelle pure (I).

L'emploi do la cause transcendante et bypermétaphysique, la machine de la création, si hétérogène à l'entendement, viennent s'ajouter à la supposition des êtres surnaturels et non sensibles, pour rendre toute cette argumentation bien étrange. J'admets l'harmonie de la nature avec les fins des êtres, et avec la loi morale, qui pose la plus essentielle de toutes pour les êtres raison-

(i) Kant. Critique de la raison pratique ^ Pi,! IL

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nables. Cela fait, que peut exiger de plus la raison pratique? Mais rexpérience, dira-t-on, semble contredire cette harmonie. Si elle la contredit en effet, et sans retour, si nous le croyons ainsi, il n'est point d'hypothèse qui puisse nous sauver sans détruire cette nature ennemie. Mais voulons-nous suivre Kant jusqu'à établir, sur l'inanité des êtres naturels et des lois naturelles, le règne des essences intelligibles et morales (1) ? Si, au contraire, je m'explique hypothéliquement la désharmonie comme transitoire, et comme tendant elle-même à une fin harmonique, en vertu de lois qui règlent les phases latentes et futures du développement des êtres, et dont les effets profonds ou éloignés m'échappent, quoique naturels aussi, que puîs-je espérer de plus de la raison pour autoriser ma croyance en une destinée bienheureuse des êtres moraux et en l'accord de leurs lois propres avec les autres lois de l'univers ? Il y a deux méthodes qui étendent (je ne dis pas qui certifient) cette foi vraiment rationnelle : l'une que les religions trouvent sans peine quand elles embrassent des dogmes anthropomorphiques francs et avoués, nets de toute théologie quintessenciée par où la critique puisse les prendre ; cette méthode est irréprochable dans sa sphère , mais peu à l'usage des philosophes, et les hiérophantes ont montré ne savoir pas mieux s'en contenter ; l'autre, qui flotte entre l'anthropomorphisme honteux et la prélen-

(1) C*esl là qu'il se voit amené, pour trouver dans la critique de la raison pure une solution des antinomies^ sans laquelle il ne serait plus permis à la critique de la raison pratiqtie de réublir pour son usage des notions déGuitivement contradictoires

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