RÉSUME DE LA DISCUSSION
cherche des lois, et rien de plus, la liberté a sa place marquée et toute naturelle, pour la croyance qui la lui voudra faire, dès qu'il n*est point prouvé que les phénomènes soient tous enchaînés par prédélermination. Elle est le principe , elle est le nom des faits de conscience non prédéterminés. Nous ne remontons pas audelà. Mais dans Fhypolhèse théologique, il en est autrement. La supposition d'Un Être, dont la puissance et la connaissance enveloppent tous les phénomènes, exclut la liberté des êtres, et dans l'origine de celle-ci , qu'il faut alors concevoir et que l'on ne conçoit pas, et dans son existence actuelle qui devient illusoire. La loi morale est donc alors fort compromise. Il se trouve qu'on s'est appuyé sur elle pour s'élever à une hypothèse qui la dément.
En résumé, la doctrine de Kant nous conduit à cette situation , d'expliquer des phénomènes compris, ou du moins compréhensibles, par des noumènes qui ne le sont point; de poser, pour fondements de la raison pratique, des données d'un usage proprement pratique, dit-il, ou qui n'apportent rien à la théorie, et qui cependant ne sont autre chose que l'existence en soi, et l'unité, et l'éternité, et l'infinité, et l'immutabilité, et la causalité première et transcendante d'un principe en même temps personnel, doué d'intelligence et de volonté. Si ce n'est pas là de la théorie, les théologiens scolastiques n'en firent jamais I II est vrai que la critique de la raison pure a cru respecter la possibilité de cette substance et de cette cause qu'elle rejetait du domaine
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delà connaissance. Mais comment? à la condition de résoudre les antinomies; et pour solution, elle a pris le parti de réserver la réalité à ce qui e$t en soi, au pur inconnaissable, et de nier Tuniversalilé rationnelle des lois représentatives des phénomènes, auxquelles seules die avait eu foi jusque-là. Ainsi la raison théorique a préparé le terrain de la raison pratique en fornmlant, sous le prétexte d'idéalisme transcendantal, un dogme nihiliste à la manière des éléates (I). Une préparation bien placée eût été le rétablissement, fût-ce des entités transcendantes, c'est-à-dire des âmes, des corps ou des monades, mais beaucoup mieux la définition positive des individus réels et naturels, des êtres phénoménaux, qui sont les objets indispensables de la pratique. Les uns au défaut des autres, les substances finies, si ce n'est les êtres positifs sous les lois qui les composent , sont les personnages nécessaires de la morale, plus encore que de toute autre science- Au lieu de cela, Kant efface de la réalité le monde fini et les lois de l'expérience, comme n'étant rien en soi, et restaure ces choses en soi (que la pratique ignote) pour les destiner à l'emploi de pierres angulaires dans l'édifice de la pratique. Puis le grand rationaliste défend à la raison de s'occuper davantage de ces choses qu'elle ne saurait entendre ; il lui en confie la seule surveillance , avec ordre d'en écarter au besoin Y anthropomarphisme (2), c'est-à-dire justement tout ce que la pratique pourrait être tentée
(1) Y pour l'examen des aotioomies kaotienDes, mon Premier essai, app. X, p. 596.
(i) Kant. Critique de laraison pratique, 1. 11^ c. 2, $ 7.