DU BIEN, DU AIAL ET DU PROGRÈS
liberté, ot se résout aisément, pourvu que toute hypothèse Ihéologiquc en soit écartée. C'est ce que les phisophes l'auraient depuis longtemps reconnu, s'ils avaient abordé la difficulté d'une manière scientifique, avec les abstractions convenables, s'ils n'avaient eu l'espril obstrué par les questions de l'École, si surtout ils ne s'étaient pas obstinés à voir dans la liberté un désordre étrange, inadmissible au fond des choses (je parle de ceux qui l'admettaient), au lieu de l'avouer franchement pour le premier des biens et la plus grande des perfections.
Que la liberté soit le premier des biens, la morale le veut, puisque sans la liberté il n'est pas de morale (et sans la morale il n'est plus d'homme) : ou nous perdons terre, loin du double monde de l'animalité et du devoir, au-delà des réalités de la passion et de la justice, du travail, delà lutte et de la jouissance gagnée, au milieu des beaux rêves de l'éternelle innocence, et de la béatitude absolue, et de la pensée sans négation, et des sentiments sans contraste, et des mouvements sans effort dans un éther sans résistance.
Que le plus grand des biens que nous connaissons soit un élément nécessaire de l'ordre le meilleur que nous puissions concevoir compatible avec l'expérience, voilà ce qui est d'ailleurs indubitable. Ce bien est la liberté , cet ordre est un monde où la liberté a eu ses effets et les continue.
Or, la liberté implique la possibilité du mal : uial pour l'agent, mal pour autrui, mal accidentel d'abord.