‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 238 sur 278 · DU BIEN, DU MAL ET DU PUOG^ÊS · texte numérisé non relu

DU BIEN, DU MAL ET DU PUOG^ÊS

ensuite enraciné par sa reproduction et par la solidarité naturelle du sang et des rapports sociaux. Elle rimplique en principe, et, en fait, elle l'a produit, elle devait le produire, suivant une probabilité qui croit rapidement avec le nombre des actes et des agents libres. Il s'ensuit de là que la possibilité du désordre est inhérente à l'ordre, en principe, et que, en fait, sa réalité y prenant place, il serait illogique de s'en tîlonner.

Dès-lors, la liberté est mise en demeure de réparer les maux qu'elle a faits. Dès-lors aussi éclate une possibilité nouvelle , celle de Tordre le plus éminent du règne moral : ordre libre dans une société d'agents libres, harmonie qui n'est point le produit d'une fatalité naturelle ou de quelque volonté supérieure inéluctablement obéie, mais dont les membres vivants se glorifient comme de leur œuvre.

Celte œuvre que la liberté doit attendre d'elle-même n'est possible qu'imparfaitement et très partiellement, dans le monde son présent théâtre. Une personne, quelle qu'elle soit, n'y saurait atteindre ni le bien général « ni son bien propre et sa perfection morale individuelle , à cause des obstacles extérieurs, et des bornes de sa connaissance, el de la faiblesse même de ses vertus dans le milieu d'ignorance et de passion où elles ont à se déployer et à s'affermir.

Nous sommes arrivés à comprendre, si je ne me trompe, que l'harmonie (ou, pour la définir avec Kant, l'accord du bonheur et de la vertu, nécessaire à la conception de l'ordre) peut être assujétielégitimeraentâune

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coudilion de temps, c'est-à-dire attendue de la liberté et du progrès des agents libres. Le progrès, non la perfection, est la fin actuelle ou prochaine de la liberté. Maisleprogrfes nesauraitôtre limité, pour les personnes, aux formes de leur vie présente et aux actes qu'elles peuvent y produire. Autrement, nulle d'entre elles n'obtiendrait cette fin plus éloignée , cet ordre moral qui est la raison commune de toutes les fins du progrès. On serait condamné à ce dilemme, dont les deux termes sont également incompatibles avec l'existence d'une loi générale de finalité : ou n'apercevoir d'autre but moral de l'agent que l'état vertueux ou criminel, heureux ou malheureux, auquel il se trouve parvenu à l'heure de la mort, sans avoir pu satisfaire ni les autres ni soi-même; ou chercher la fin réelle dans la production d'une humanité successive de plus en plus parfaite, idéal et goufi're de tous les sacrifices, impersonnalité faite de personnes qui toutes s'épuisent à créer l'état bienheureux dont la jouissance, mais éphémère, est toujours réservée à d'autres.

Ainsi, l'harmonie suppose le progrès dont elle est la but ; le progrès et sa fin supposent l'immortalité. L'immortalité donne la solution du problème de Tordre mo* rai, et la liberté donne la raison pour laquelle celte solution effective , non plus seulement d'espérance et de croyance, est remise au développement ultérieur de la vie personnelle.

L'immortalité est le droit au progrès, la liberté en est l'usage.

Comprenons bieu que la liberté doit réaliser en par-

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