DU BIEN, DU MAL ET DU PROGIIÊS
lie, dès celte vie, l'accord de la verlu el du bonheur, réclamé par la raison pratique, el qu'elle doit jeter les bases d'un double établissement moral de perfection idéale : dans rhumanilé, son objet actuel, el dans la destinée cosmique indéfinie des personnes, son objet de tous les temps. Comment les déterminations de la liberté créent ou modifient les formes de révolution de chacun de nous, c'est d'ailleurs ce qu'il n'est point nécessaire que nous sachions. Nous ne pouvons que saisir, dans les impressions que subisseqt nos organes actuels de la part de nos actes, de nos passions et de nos habitudes, quelques indices de la force plastique de la vie morale, et, par suite, des moyens qui rattachent à l'usage de la volonté les évolutions futures do l'organisme. Là commence l'ordre latent des phénomènes les> plus intimes de l'existence. Là s'ouvre pour la connaissance un abime, que les savants ont le tort de mécon^ nailre souvent, et dans lequel l'instinct religieux a jeté pour le combler la grossière hypothèse des métempsycoses ; la métaphysique raffinée , sa théorie anti-scientifique de lu spiritualité pure ; la théologie chrétienne, un miracle de la volonté de Dieu. Que la philosophie morale pose doqc les principes et les fins nécessaires à rharmonie des fonctions du monde et de la personnalité. Pour le surplus, qu'elle laisse faire aux sciences de l'organisation, qui donneront un jour leurs expériences ou leurs conjectures, el aux religions, qui, insatiables d'affirmation, poussent la croyance en tous sens, le plus loin possible au-delà du savoir*
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Je n'ai considéré que le bien moral et le mal moral, c'est-à-dire le bien et le mal que la liberté produit, ou qui en dérivent. Celte sorte de mal est en effet l'obstacle opposé essentiellement à l'accord du bonheur et de la vertu ; cette sorte de bien est le travail qui doit en procurer la réalisation future : et Timmorlalité s'offre comme la condition et le postulat nécessaire de l'œuvre du progrès moral, la seule qui soit dans la dépendance entière des personnes.
I^ mal appelé physique est autre chose, un obstacle au bonheur même, un empêchement au moins temporaire à la tendance commune des êtres sensibles. U se manifeste par la douleur et les divers faits physiques de destruction ou de dépérissement des phénomènes vitaux, et se résume dans la mort. On n'a point à chercher pourquoi l'ordre de la nature est assujéti à ces conditions de génération, d'assimilation, de renouvellement et de destruction qui ne sont après tout que les lois générales sans lesquelles cette nature n'existerait pas : un tel problème impliquerait la détermination d'une cause absolument première , et par conséquent surpasse la connaissance. Nais on a à se demander comment l'ordre de finalité qui régit souverainement les personnes, et dont les personnes transportent au monde la notion universelle, comment cet ordre est compatible avec les dures lois de Teipérience, bornée au monde présent. On doute si la destrtiction est anéantissement , si tant de germes, d'organes, d'êtres accomplis disparaissent sans retour, accumulés dans le néant d'eux-mêmes et au profit de cet amqncellement sans nom et sans mémoire;
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si la conscience* la science, les travaux, sans parler dos vertus et des sacrifices, toute cette vie humaine qui a coûté tant de peines et réalisé bien peu d'espérances est à jamais perdue chaque fois qu'un certain aggrégat se décompose; ou si d'autres lieux^ d'autres temps, une autre expérience garantissent la continuation propre de chacune des œuvres ébauchées de la nature, afin que soient évités une inconcevable déperdition de moyens, de forces et d'existences, et l'anomalie non moins étrange d'une conscience qui vise à l'éternelle durée au sein de l'éternelle ruine. Alors l'hypothèse de l'immortalité se trouve encore une fois devant nous, non plus comme un postulat de la liberté, du devoir et du progrès moral, mais sous un point de vue moins particulier à l'homme, celui-là même où nous nous étions placés tout d'abord en cherchant les conditions d^une loi générale de finalité supposée dans l'univers. L'existence d'une destinée des êtres, par delà les formes qui naissent et périssent présentement, est l'unique. solution à notre portée du problème du mal physique. Il est vrai que cette solution est toute pratique et aflecte un caractère de remède, pour ainsi dire, au lieu de prétendre à l'ex^ plication originaire ou à la justification apriorique d& la nature. Mais nous partons de l'expérience , nous la supposons inévitablement, nous ne pouvons rendrecompte de ce qui la précéderait.
En résumé, le bien et le mal moral, l'existence de la loi morale , étant posés en principe, d'une part, et, de l'autre, une loi générale de finalité étant admise comme partie essentielle de l'ordre du monde, on démontre la