‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 243 sur 278 · DU RELATIF ET DE L*ÀBSOLU EN DIEU · texte numérisé non relu

DU RELATIF ET DE L*ÀBSOLU EN DIEU

ble thèse divine s'établisse indépendamment des relations constituantes de la conscience en tous^ ses objets possibles : une notion morale et d'origine morale, mieux que toute autre, s'évanouirait, hors des liaisons capables de la définir. Elle atteint néanmoins plus haut que nos phénomènes, en se posant au-dessus des séries de lois naturelles à nous connues et en enveloppant de ses fonctions le monde déterminé où nous nous mouvons, tandis que ceux de ses rapports qui ne regardent pas vers nous demeurent sans définition, complètement indéterminés. De là résulte une sorte d'absolu relatif, s'il était permis de s'exprimer ainsi : absolu, non par la supposition contradictoire d'une condition universelle inconditionnée (tout sans parties, immutabilité sous le changement, etc.], mais parla simple indétermination suite de notre ignorance invincible, et par la généralisation poussée au-delà de la matière de notre expérience; relatif, à cause des rapports nécessairement inhérents à la loi morale, unique fondement de la divinité pour nous, et au monde, théâtre unique où cette loi puisse être et régner. On voit que l'absolu n'est ici que l'inconnu, bien différent de ce monstre métaphysique où toutes les réalités s'engloutissent : et si nous rappelons ce mot, d'ailleurs rejeté de l'usage architectonique de la raison comme purement négatif, c'est précisément parce qu'il n'exprime que négation, indétermination, ignorance. Au contraire la relation, et spécialement celle qui exprime le monde objectivement sous la loi morale, est la forme sous laquelle il nous est donné de comprendre Dieu par la fonction divine.

628 SENS DE l'athéisme.

La négation de Dieu, Valhéisme philosophique ol moral, se présente dès-lors avec le sens que les hommes des sociétés modernes sont de plus en plus disposés à lui donner, à mesure que l'élévation moyenne des sentiments et les progrès de la raison les détournent d'appliquer cette qualification odieuse à ceux d'entre eux qui n'admettent pas les dieux des religions établies, l'athée, en effet, serait celui qui n'admet point un ordre général de finalité, une présence objective du bien, une loi de conservation cl de développement des personnes dans la nature. Certes ce croyant du hasard, oucedouteur, peut égaler, surpasser en moralité de fermes champions du théisme, car la conscience suffit à cela; mais il nie la moralité dans l'ordre externe et naturel des choses, et tel doit être, ce me semble, le caractère de l'athéisme.

S'il fallait en étendre la signification, c'est le matérialisme, c'est le panthéisme, c'est le fatalisme, j'entends les doctrines qui détruisent la conscience et la personnalité, qui seraient justement nommées des doctrines athées : l'instinct des masses ne s'y est pas trompé. C'est aussi le système de l'absolu, tel que l'édifièrent la métaphysique et la théologie, dans les parages de leurs profondeurs prétendues. Loin que la négation d'une essence de l'absolu, supérieure et de tous points étrangère au monde, soit l'athéisme, ainsi qu'on Ta dit, l'aflirmalion d'une telle essence est au contraire le refuge et le triomphe incompréhensible de l'athée, puisqu'elle est la négation môme érigée en forme d'élrc de soi et de néant de tout le resle. La preuve en est de tous

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