‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 245 sur 278 · S XXIV · texte numérisé non relu

S XXIV

Dm moyens physiques de l^mmorlalilé.

Avant d'aborder la question de la nature de Dieu , il convient de placer ce qui nous reste à dire de Timmor (alité, quant aux moyens que Tordre général des fins peut assurer pour le développement des consciences. Notre principe est cet ordre de bonté que nous supposons. Nous n'espérons pas en découvrir le sj^stème matériel , ce qui ne serait rien moins que pénétrer et expliquer la nature entière ou Tensemble des conditions les plus intimes et les plus reculées de Teiis* tence. Mais nous voudrions indiquer la simple pos#ilité physique des voies de salut des personnes, et marquer l'esprit des hypothèses qui permettraient de sonder cet inconnu profond, sans admettre ni miracles dans le monde, ni abstraction violente dans les théories, retenant au contraire nos inductions dans le champ des phénomènes semblables à ceux dont l'investigation compose nos sciences.

L'abstraction violente est le procédé des philosophes qui détachent de l'ordre des fonctions humaines celles qui leur semblent les moins périssables, les constituent en êtres séparés, au mépris des lois les plus positives, et fondent ainsi l'immortalité sur la scission grossière des faits naturels ; la vie et l'âme d'un côté, la matière et la mort de l'autre. Il y a déjà quelque chose qui tient du miracle , en même temps que des illusions les plus

DE LA DOCTRINE DE l'a&IE. G35

enfantines de la science, dans cette hypothèse où la mort s'explique par la donnée d*une essence mortelle, tandis qu'on imagine une essence immortelle, malgré les faits, pour fournir la garantie de l'immortalité désirée. Mais le miracle proprement dit est introduit dans le monde par ces systèmes matérialistes religieux (de Priestley, par exemple, et de beaucoup d'autres) qui commencent par conclure à la mort au nom d'une physique et d'une physiologie dressées en manière de dogmes négatifs, et finissent par conclure à la vie au nom d'un ordre moral que réalise, en dépit de tout, une volonté supramondaine. Il est nécessaire de dire quelques mots de l'ancienne doctrine de l'immortalité de l'âme , afin que les arguments qu'une bonne méthode doit y opposer ne soient pas confondus avec ceux dont le matérialisme, depuis Épicure, a si arbitrairement exagéré la portée négative.

Tout d'abord, il ne serait pas juste de nier la possibilité abstraite de l'existence d'un être intelligent et volontaire, sans organisme, soustrait par conséquent à l'action dissolvante des lois physiques. Bien plus, et plus généralement , il n'y aurait point contradiction à supposer d'autres catégories que celles qui composent notre entendement, d'autres rapports et d'autres êtres, des mondes autres de tous points, et, si Tonne voulait pas renoncer à l'organisme et sortir des analogues de la vie, d'autres sens et d'autres organes que ceux dont nous avons l'expérience. A plus forte raison, ne sera-l-il pas permis de feindre une séparation mutuelle des fonctions dont le lien semble n'être que de fait , ne résulte

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