HYPOTHÈSE DS LA PAMMGËNËSIE COSMIQUE
L'hypothèse de la palingénésie cosmique peut paraître excessive aux hommes chez qui le sentiment du possible est retenu dans de certaines bornes étroites autour de la réalité palpable. L'habitude est leur unique raison, qui se réfute d'elle-même. Plusieurs religions ont cependant proposé à la foi des croyants un objet ana^ logue : la fin du monde, le jugement dernier universel, la résurrection des corps, la vie céleste. Ce que l'espérance religieuse a osé atteindre, au point de vue de Tanthropomorphisme, *ne doit pas nous sembler plus étrange au point de vue moral des grandes lois physiques et des fins de l'univers. En effet, la perpétuité indéfinie de l'ordre actuel des choses est peu compatible avec ce que nous savons des forces capables de bouleverser le coin de l'espace où toute vie à nous connue fleurit, comme une efilorescence du chaos: Un cataclysme futur est donc vraisemblable, et l'ordre actuel a été certainement précédé d'un cataclysme. Si donc l'ordre du monde présent n'était qu'un simple fragment de celui qui relierait ce monde S un monde futur, que reprendre, d'incroyable dans cette hypothèse ? En quoi le fragment s'explique-t-il mieux tout seul que ne s'expliquerait l'ensemble? Et si l'ordre est un progrès, si ce progrès s'applique aux personnes, ainsi que le réclament les lois de la finalité morale, qu'y a-t-il là de plus surprenant ou de moins propre à l'idée générale de l'ordre 7 Otï trouve naturel que les lois de la chaleur, de l'élec- Iricité ou de la lumière s'étendent entre les mondes possibles, les rattachent les uns aux autres, les dominent par leur universalité ; la loi de personnalité serait-elle.
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seule à n^avoir pas satisfaction ? Doit*on bannir de Vunivers la conscience qui le comprend, exclure du progrès les personnes, qui seules le découvrent, le connaissent et l'exigent ? Il est vrai qu'on ne saurait nier Taclion dissolvante des forces les plus générales de la nature appliquées aux individualités organiques, intellectuelles et morales, mais niera-t-on davantage l'action composante ou favorable des mêmes forces, quand c'est manifestement sous leur empire que les individualités naissent et se développent? Elles naissent et se développent pour périr. Elles périssent pour renaître et continuer leur progrès.
Passons à une autre hypothèse, plus limitée en un sens que la première, plus aventurée d'ailieurs dans le possible pur et irréfutable. Laissons les évolutions cosmiques, n'envisageons que les personnes, ou plutôt supposons deux mondes voisins, coexistants, compénétrants, qui tour à tour leur serviraient de théâtre. C'est une autre application de -la loi générale d'intermittence. La conscience de chacun de nous aurait ses fonctions successivement et périodiquement affectées à deux organismes entièrement distincts, réciproquement étrangers, si bien que nulle communication entre eux ne se serait produite encore. La mort serait le passage de l'un à l'autre. L'hypothèse est applicable aux animaux, qui suivraient, dans la série de leurs périodes alternantes, une voie de progrès régie par des lois naturelles. L'homme, dont la liberté apporte des éléments nouveaux dans la nature, aurait ce privilège que i'exer-
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cice de ses fondions yolontaires, les effets de ses actes libres dans chaque vie, introduiraient dans la suivante des modifications plus ou moins graves , analogues à celles que nous voyons procéder de la conscience à l'organisme, dans le cours même de la vie présente. Ainsi t Textériorité d^essence, l'absence mutuelle des fonctions physiques et sensibles composant les deux vies successives, expliquerait la séparation brusque, l'absence totale, le silence parfait de la conscience des morts à l'égard des survivants. La conception dans un monde serait la mort dans l'autre, et réciproquement. Les morts resteraient près de nous ( qu'esl-il besoin de les éloigner?], ils seraient pour ainsi dire en nous, dans les mêmes lieux, sans que leurs organes et Its nôtres pussefit se toucher, ni se lier par un rapport mutuel de sensibilité pareille. Il suffit de réfléchir un instant à la nature des phénomènes extérieurs qui sont les objets de notre expérience, pour comprendre que nos sensations seules leur confèrent l'existence pour nous, et que nos sensations ne nous offrent d'elles-mêmes rien qui permette de déterminer le nombre ou les qualités de celles qui sont possibles. Or d'autres sens amènent d'autres perceptions, d'autres connaissances, d'autres êtres, je dis d'autres êtres dans un sens tout autrement radical que celui auquel nous sommes accoutumés. Que nous ne possédions point d'organe propre à nous révéler les phénomènes particuliers du corps revêtu par les morts , et ce corps nous pénétrera sans que rien nous avertisse de sa présence I Aucun membre d'une société d'aveugles-nés ne parviendrait , par effort de
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temps, d'imagination ni de recherches, à se représenter les corps sous Ta distinction de couleur ; aucun sourd à concevoir la communication à distance par les vibrations sonores. On croit le tact un sens plus nécessaire que les autres, impliqué dans les autres qui n'en seraient que des sortes de développements et dont il serait Tunité, enfin le seul essentiel à la manifestation mutuelle des corps. Mais cette manière de voir repose sur une triple confusion que la plus simple analyse doit mettre en évidence. Il faut distinguer dans le toucher, d'abord un certain rapprochement de distance, qui est le contact physique, probablement différent du contact géométrique parfait ou idéal, et qui, dans tous les cas, ne suppose pas la sensation considérée en elle-même, non plus que celle-ci ne le suppose logiquement; ensuite, les concepts catégoriques d'étendue en quantum et en figure , lesquels informent et règlent les impressions tactiles ( et encore plus clairement les impressions visuelles), et par conséquent n'en résultent pas mais les dominent, et en diffèrent sous ce rapport même comme l'universel diffère du particulier; en dernier lieu, les qualités sensibles proprement dites, sentiments de pression, de chatouillement, de chaleur, de douleur, de plaisir, etc., toutes indéfinissables d'ailleurs. Cda posé, ni le contact physique, quel qu'il soit au fond, ni les notions intellectuelles de la catégorie de position ne se rapportent au toucher d'une manière exclusive ; les autres sens y sont également liés, et tout porte à croire que des sensations nouvelles et inconnues n'en dépendraient pas moins. Dès-lors l'impression tactile, ré-