‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 250 sur 278 · DÉFAUT DE MEMOIRE CHEZ LES VIVANTS. G · texte numérisé non relu

DÉFAUT DE MEMOIRE CHEZ LES VIVANTS. G

Il faut prévoir une objection à Thypothèse des deux vies intermittentes : pourquoi n'avons-nous pas souvenir de notre vie antérieure? Je réponds : Il se pourrait que la mémoire fût réservée à celle-là et à ses retours « de même que les intermittences de la veille et du sommeil , dans la vie présente, ne permettent une pleine conscience qu'aux périodes de veille. Hais on peut faire une réponse plus péremptoire : rien ne prouve que la conscience, comme nous la possédons, n'est pas pour nous tous à sa première période. L'hypothèse à laquelle nous soumettons l'avenir n'embrasse pas nécessairement le passé. Certains philosophes ont un intérêt spéculatif à envisager une suite de vies antécédentes, et y sont même contraints. Ce sont ceux qui croient que rien ne commence, et qui, pour toute solution de la question des origines, vont se perdre résolument dans la contradiction du progrès à rinfini et de la perpétuité éternelle des phénomènes à parte ante. Nous, dans notre ignorance avouée des origines premières, nous les posons cependant en vertu d'une nécessité logique, et, nous trouvant impuissants à fixer le début des phé« nomènes personnels, nous ne voyons aucun moyen de prouver que leur série remonte plus haut que la vie actuelle. Au contraire , nous voyons des motifs moraux pour la prolonger, et cela indéfiniment ; et c'est de la question la seule partie qui nous occupe.

La périodicité de la vie de conscience, transportée dans les temps écoulés, ne serait jamais qu'un(3 solution illusoire du problème de l'existence personnelle, car il faut toujours s'arrêter quelque part et commencer

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à quelque moment. Placée dans les temps futurs, développée à dater de nos propres phénomènes, comme origine positive, cette même périodicité satisfait i celles des conditions de Timmortalité dont nous avons connaissance. Aucune impossibilité physique n'y fail obstacle, s'il est vrai que« ne sachant point à priori com' ment notre organisme correspond à nos fonctions de conscience, nous ne savons pas davantage pourquoi un organisme toutdifférent n'y correspondrait pas demème, et pourquoi pas deux alternativeinent, ou successivement un plus grand nombre.

J'ai présenté l'hypothèse de lalternative en forçant le plus possible ma pensée pour la mieux faire comprendre. Quand je supposais la compénétration de corps entièrement indépendants et étrangers les uns aux autres, de manière à donner une môme habitation à deux organismes, je cherchais è porter l'imagination, pour ainsi dire, à la dernière extrémité du possible, plutôt que je n'avais l'intention de m'arrôler au plus vraisemblable. Mais rien ne s'oppose à ce que le sentiment de Fini* mortalité se fixe de préférence, en donnant aux deux termes organiques de TaUernative vitale deux théâtres différents dans l'espace, deux globes, par exemple. Celle tendance est aujourd'hui assez commune. Enfin, au lieu d'une simple alternation, très compatible avec le progrès constant de la personne (et qui, d'ailleurs, pourrait n'avoir qu'un temps selon l'ordre du monde, ei faire place à d'autres transformations), on serait en général plus porté à croire à une succession de formes

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