‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 260 sur 278 · IMPLIQUE LA PERSONNALITÉ DE DIEU · texte numérisé non relu

IMPLIQUE LA PERSONNALITÉ DE DIEU

dictoire, tout comme en posant, sous un autre point de vue, leur cause première et absolue ou leur nature totale [Premier essai, § xliïi-li). On ne résout donc pas le problème du monde, on le perd. On croit expliquer toutes choses par celle qui ne s'explique point, et on fait cette dernière inintelligible, là où les autres étaient claires à la condition de n'en pas demander la raison universelle apriorique. On se propose de rendre compte des causes et des fins des existences relatives, et pour cela on introduit la cause et la fin dans une certaine autre existence, ce qui d'abord ne résout rien, et ensuite amène d'autres questions, cette fois plus qu'insolubles.

Le physicien pense avec raison avoir résolu un problème, quand il a ramené des faits naguère inexpliqués à quelque autre fait plus général qui ne s'explique pas encore : le mouvement d'un pendule ou d'une planète, ou le jeu d'une pompo aspirante à la gravitation des corps ; la foudre et la propriété de l'aimant k l'électricité, etc.; mais encore faut il, pour qu'il y ait vraiment solution, que la difficulté propre du problème ne se retrouve pas précisément et identiquement la même dans le fait qui donne l'explication des autres. Le mathématicien non plus ne doit pas mettre un problème en équation par une identité. Cette erreur de méthode, où ne tombe jamais un savant, est le procédé habituel de l'ontologie et de la théologie. Ainsi, pour expliquer la production des phénomènes en évitant le progrès à l'infini des causes, le métaphysicien accorde la vertu de cause

première à un être qui ne peut lui-même être et avoir

674 SI l'ordre moral du monde, etc.

été toujours pensant, agissant, vivant, sans que le pro grès à rinfini se retrouve dans les moments de son existence à parle ante. On appelle cela démontrer Teiistence de Dieu par l'existence du monde (preuve cosmologique), et on ne voit pas que l'absurdité contenu^ dans la synthèse d'un monde contingent éternel porte également sur la notion d'un être éternel vivant, en sorte que l'explication da monde par Dieu est chimérique. De même pour la finalité : on veut rendre raison des fins de la nature, et on les réunit toutes au sein d'une cûdscience unique enveloppant l'univers. Or, de savoir comment cette fin existe et peut exister pour soi et pour le monde, en son unité, ou de savoir comment ces fins peuvent être données en leur multiplicité et leur développement, le problème est le même, et il est inabordable. C'est donc pure illusion que d'expliquer ces fins par cette fin. La cause en général ne s'explique pas, la fin ne s'explique pas , l'existence ne s'explique pas. Est-il étonnant qu'on aboutisse à une identité quand on prétend expliquer l'existence ?

On voit que nous ne pouvons considérer Thypothèse de l'unité représentative des fins, ni comme exigée pour la généralisation de la loi de finalité dans la nature, ni comme une explication de la donnée des fins naturelles. C'est dire aussi que cette généralisation n'est point pour nous une sorte d'ascension à l'absolu, une tentative de rétablir par la raison pratique les idées dont l'impossibilité logique nous a été démontrée. Il s'agit seulement d'une induction, limitée à l'ordre réel de nos connaissances, et toute semblable à celles que se per-

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