‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 29 sur 278 · IV · texte numérisé non relu

IV

ri^ l'homme comme inieUlgenee.

Toute sensation implique soi et non soi, à quelque degré : la conscience.

J'ai considéré la sensation comme une expérience de phénomènes représentés, en m'allachant à ce qu'ils offrent de spécifique, et, d'autre part, aux relations qui existent entre eux et les faits physiques et organiques. J'ai fait abstraction, autant que possible, dans la sensation, de la conscience elle-même et de ses objets comme différents d'elle.

Poursuivre l'analyse en abordant, après la sensibilité, ce qu'on appelle entendement et ce qu'on appelle

S8 L*II«T£LLIOKMCR ET LB& CÀTfiGORIES.

raison, ce sera passer la revue des premières catégo* ries, et se rendre compte de leur inlervenlion distincte dans les représentations sensibles assemblées sous la loi de conscience.

Ainsi, pour le dire d'abord en abrégé, la relation et le nombre paraissent comme formes essentielles de toute sensation distinctement consciente ; la position est la forme même de Textériorité, immédiatement unie à quelques sensations, et médiutement à toutes; les rapports de iueeesêion et de changement sont tels que, hors d'eux, la sensibilité, resserrée dans le pur instant, sans développement ni suite , ou toujours donnée ou soustraite aussitôt, échapperait à la conscience; enfin la loi de qualité ou d'espèce apporte une règle de coordination nouvelle aux phénomènes. Ceux-ci passent ainsi des modifications sensibles aux modifications intelligibles de la représentation.

Nous avons vu plus haut Torganismb se produire sous la condition de fonctions physiques préexistantes, et, toutefois, comme une série de faits qui en sont parfaitement distincts. Entre l'organisme et la sensibilité, même relation. Hais il en est autrement des rapports de l'entendement avec la sensibilité. Ici, nous ne pouvons pas dire que la sensibilité existe seule et que, sur ce fond, une fois établi, l'entendement parait. A quelque degré que la représentation descende, les caiégories, certaines d'entre elles au moins, y prennent un rôle nécessaire, dès que l'on suppose une conscience vraiment distincte et qui s'oppose extérieurement ses représentés.

QUESTION DK8 IDtlS INNtES. 59

En d'autres termes, il n*y a point de sensation sans quelque perception, si nous adoptons ce dernier mot pour exprimer la thèse de V objet, posée dans la conscience ; et il n'y a point de perception sans application des catégories.

C'est ici le lieu de revenir sur une question que je n'ai fidt ailleurs qu'eflDeurer ( Premier e$Mi, § xxvi ) : la question des idées innées. Bien que puérile, selon la méthode que je suis, ses vestiges s'étendent sur trop d'esprits pour qu'on la uéglige. Le mot inné, d'abord, n'a plus de sens. Dans quoi les formes de Tentende* ment seraient-elles innées , s'il n'y a ni &me ni autre substance? Mais on demande si ces formes précèdent l'exercice de la sensibilité, ou le suivent, et s'y ramenent. L'innéité est alors une question, soit de préexis* tence dans le temps, soit d'enveloppement logique. A quelque point de vue qu'on veuille se mettre, la solution dépend de ces deux faits ;

Premier fait : L'entendement suppose la sensibilité. Sans l'expérience externe et les formes sensibles qui y sont attachées, couleurs, sons, saveurs, altouche^ ments, etc., la conscience ne pourrait que rouler sur elle-même et sur ses formes propres et pures. L'expé^ rience interne serait donc uniquement représentative du soi, ce qui supprime la conscience même, à laquelle une opposition est indispensable. Tout au plus elle s'attacherait à des objets abstraits qui ne composent point des êtres, à des nombres, à des flgures, etc., alorfc qne, pour les déterminer complètement , aucune unité

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