QUESTION DES IDÉES INNÉES
particulière ne pourrait lui être donnée. Or, ce n'est là ni la conscience humaine ni aucune autre conscience imaginable. Notre unique ressource pour constituer quelque chose, hors des phénomènes les plus constamment et indissolublement liés, serait une fiction d'essences hypothétiques unies par des rapports hypothétiques comme elles.
Second fait : la sensibilité suppose Tentendement. Je parle de la sensibilité comme on l'observe dans l'animal, où certaines formes générales, certains rapports régulateurs accompagnent toujours les données spécifiques des sens. On peut bien concevoir et combiner des rapports de distance et de position, abstraction faite des attouchements et des couleurs, mais on n'éprouve pas ces dernière» sensations que les éléments de la calégorie d'étendue n'y interviennent, tout en n'y étant pas contenus pour l'analyse. Il est vrai que, de l'avis de certaines écoles, nous sentirions l'étendue, la figure et le mouvement, comme nous sentons le rouge, ou le chatouillement. Ceci serait une question de mots, non de doctrine s'il pouvait être permis de désigner par un nom commun des choses distinctes (aussi bien qu'unies) pour s'autoriser ensuite à les confondre. C'est arbitrairement qu'on appelle tout à la fois sensation, et la forme de conscience relative à des données particulières comme la couleur, et celle qui soumet ces mêmes données à des rapports généraux tels que les rapports de position. La vue et le toucher impliquent l'étendue, mais, de leurs objets propres et particuliers, on ne saurait conclure apalytiquement à la fonction qui
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embrasse ces objels. De même on s'exprime inexactement en voulant qu'une sensation de la succession s'établisse sur une série de sensations qui impliquent précisément la succession pour être représentées successives. La sensation de la solidité n'est pas mieux fondée, parce que les spécificités sensibles, par ellesmêmes, ne supposent point un jugement, surtout si complexe. En général on ne peut se refuser à distinguer certaines données (ce sont les anciennes qualités secondes) d'avec certaines autres qui les groupent sous des lois ; et leur commune synthèse n'est pas due au sens^ à moins qu'on ne veuille appliquer très arbitrairement ce nom de sens à l'animal, à l'homme tout entier : celte synthèse est l'ensemble des fonctions représentatives externes de l'animal.
La question del'innéité, comme nous l'avons posée, se résout donc ainsi :
Chronologiquement, la sensibilité ne précède pas Tenlendement, puisque, dès son moindre exercice, autant que nous le connaissons, elle le suppose ; et l'entendement ne précède pas la sensibilité, car il ne se produit en fait qu'avec l'expérience, constamment liée aux formes sensibles. Seulement, si nous considérons la série des animaux, il est manifeste que l'entende* ment n'obtient pas la même clarté, la même explicité chez tous, quoique les plus élevés possèdent tous les mêmes éléments de sensibilité. Mais aucun d'eux, à quelque degré que l'on descende, n'est compris sous l'idée d'une sensibilité pure.
Logiquement, la sensibilité semble suivre, étant plus
es l'intelugrncs et lss catégories.
particulière et subordonnée ; si cependant nous nous rappelons que Tentendement n'existe pas seul, il faudra reconnaître que ces deux fonctions ont leurs puissances unies dans le développement des phénomènes.
D'après cela, et pour résumer encore, on donnerait je crois une rigueur parfaite à la formule célèbre de Leibniz, en la modifiant ainsi : nihil e$t in intelleetu quod non ntetin$eMUtnmip$eintellectui; c'est l'expression exacte de la distinction de deux ordres eu égard à leurs objets communs. Mais, comme les formes sensibles appartiennent aussi à la conscience, toutes liées qu'elles soient aux fonctions organiques et physiques, on dirait également : nihil e$t in sensu quod non sit et in intellectUy nisi ipse sensus. Il n'est possible d'admettre la réalité, ni du général, dans l'entendement, sans les particuliers de l'expérience, laquelle pourtant ne le renferme pas ; ni des particuliers, dans la sensation, sans le général qui est leur forme régulatrice, et pourtant ne donne pas l'expérience.
Nous avons reconnu dans le cours de cette analyse : des fonctions mécaniques et physiques formant des groupes séparés, pour l'observation praticable du moins ; des fonctions organiques, inséparables des premières, mais à leur égard, nouvelles ; des fonctions sensibles, également liées à toutes les précédentes, qui ne les impliquent pas; enfin des fonctions intelligibles, maiscelle&ci telles que toute sensibilité dans une conscience donnée en suppose l'application. Maintenant les fonctions intellt-
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gibles, ou de Tentendement nous préseuleront autant de dirisioDs qu'il y a de catégories différentes.
J'ai dit que toute sensibilité» dans la conscience, reçoit l'empreinte des catégories. Il en est ainsi de l'homme , éminemment, et de l'animal , à quelque degré. Une comparaison et une numération quelconques { relation, nombre ou quantité ] interviennent dès que les formes sensibles sont liées les unes aux autres ; la position est immédiatement inhérente aux fonctions des principaux sens, et la tuccemon ainsi que le de-venir accompagnent le témoignage de conscience; sans la causalité, la connaissance des forces ne se joindrait pas aux impressions, particulièrement à celles du toucher ; enfin, la finalité est une forme de la passion, et la passion , dans l'animal , s'éveille avec la sensation. Ces formes catégoriques, si nettement accusées chez l'homme, ne se formulent pas rigoureusement, ne se dégagent pas, mais restent à l'état d'enveloppement dans la conscience des animaux même supérieurs : cependant, sans elles, sans leurs racines, pour ainsi dire, sans les synthèses confuses dont elles sont les éléments formateurs, les actions de ce3 êtres, suite de leurs représentations, seraient inexplicables pour nous.
Je réserve quant à présent la catégorie d'espèce, souche de la raison, dont le rôle dans la sensibilité semble moins nécessaire (V'. § v) .
Kant, en posant et démontrant le premier l'intervention des formes générales et nécessaires jusque dans les plus simples données sensibles , a voulu toutefois maintenir la séparation usuelle entre la sensibilité et
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Tentendement. Il a donc mis à part deux catégories ; Vespace et le temps, sous le nom de formes générales de là sensibilité, et réservé aux autres, qui sont pour lui les catégories proprement dites, le titre de concepts de l'entendement. En général, Tabus des divisions psychologiques est dangereux parce qu'il accoutume l'esprit à faire de la science avec des rubriques, ou, ce qui est pire, à se contenter d'une sorte de mythologie des facultés pour l'explication des phénomènes ; mais ici la distinction est tout à fait arbitraire : si l'espace est une forme du toucher et de la vue , le nombre et la quantité s'y joignent indissolublement, car il n'est pas possible qu'une étendue se détermine pour la perception sans être limitée par une autre étendue ; la notion de résistance n'entre dans le toucher que moyennant la catégorie de causalité qui dès4ors en serait aussi une forme ; et, en sens inverse, les concepts de cause et de quantité sont liés aux formes de la sensibilité, celui-ci toujours localisé dans l'espace, celui-là tout au moins dans le temps. Des rapports si intimes expliquent l'illusion des philosophes qui ont cru pouvoir caractériser comme sensations tous les actes de la conscience ; or ce n'est pas au moyen d'une vaine classification qu'on peut les réfuter; c'est en distinguant l'élément général et ordonnateur, quel qu'il soit, des données particulières de l'expérience.
La plus générale des catégories et la plus abstraite, la relation, est aussi la première à signaler dans la conscience, en présence de la sensation. Si en effet il