‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 31 sur 278 · L HOMME ET L ANIMAL ; LA RÉFLEXION · texte numérisé non relu

L HOMME ET L ANIMAL ; LA RÉFLEXION

n*y a quelque rapport représenté, il ne saurait y avoir représentation ni conscience, et la sensibilité elle-même s'évanouit. Le phénomène senti est donc nécessairement distingué, ne fût-ce que du sentant, et, à la fois, il lui est uni. A cette première relation se joignent celles qui définissent les deux termes du rapport, décomposés en leurs propres éléments. Puis, les sensations se multipliant, elles sont rapportées les unes aux autres et à la conscience. La conscience doit alors se nommer ellemême relation, ou comparaison (relation en acte), et elle se divise en composition et décomposition [syn-thèse en acte, analyse en acte]. Il est clair, d'après ce qui précède, que les autres catégories déterminent tous ces rapports : elles sont présentes à la sensibilité, et, en effet, l'animal ne saurait étr^une comparaison abstraite de non soi h soi, ni borner les sujets de la relation aux pures qualités sensibles.

C'est dans cette première fonction de l'entendement qu'il convient de chercher aussi une première différence entre l'homme et l'animal. On l'y trouve facile à définir dès que la fonction est bien définie elle-même.

Il ne paraît pas douteux que l'animal ne compare, c'est-à-dire ne perçoive des rapports : il compose les phénomènes, puisqu'il se détermine selon les synthèses qui lui sont présentées, et il les analyse, puisqu'il les distingue, et qu'un objet joint à un autre ne l'empêche pas de reconnaître celui-ci. Enfin les rapports sont présents à sa conscience avec toute la clarté possible, et ses

déterminations promptes, sûres, constantes, en sont la

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preuve. Tout cela est de Tanimal comme de l'homme. Hais rapporter des rapports, en ta/fit que tels, à la conscience ; les concevoir par l'abstraction d'éléments naturellement adhérents, ou même d'une manière tout à fait générale; en comparant, se représenter la comparaison même, et distinguer, composer les rapports ainsi abstraits, au lieu des groupes naturels ou immédiats, c'est le fait de l'homme seul. La comparaison a, sous ce point de vue, une autre portée, et la conscience, même en négligeant ici ce qui dépend de la volonté, obtient un développement tout nouveau, définissable par ce fait : qu'en elle se posent, déterminés comme non soi, les phénomènes mêmes qui se caractérisaient d'abord comme soi, et qu'elle les soumet à ce procédé d'analyse et de synthèse dont la portée, chez l'animal, ne paraît point dépasser les objets immédiatement posés autres que lui-même.

Cette conscience de la conscience, celte relation des relations comme telles, a reçu le nom de réflexion. Elle est aussi la raison, en tant que la catégorie d'espèce y intervient d'une manière toute particulière et comme loi essentielle de ses applications. Mais ce dernier point sera traité séparément.

Le nom de réflexion est très exactement approprié à la fonction que je viens de définir. En l'appliquant à la simple conscience, on tomberait dans la puérile hypothèse qui assimile le moi à une plaque polie où tombent les rayons des objets. Mais envisageons cette loi par laquelle des phénomènes que l'expérience donne, et que les diverses catégories règlent et déterminent,

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sont par-dessus tout coordonnés : la loi d'opposition et de synthèse de soi et de non soi. Nous verrons la réflexion, ou, plus généralement , le retour paraître au moment où, l'apposition de la limite venant à changer, le soi se tourne en non soi, et le représentatif en représenté. La conscience revient sur ses propres formes et les prend pour objet. Ce sont là des symboles, mais justes, autant que symboles peuvent l'être. Si cette remarque est fondée, il est facile de voir que le mot reprétentation et ses congénères , devraient appartenir de droit à l'ordre de la réflexion, tandis que les mots pré-tentation, présenté, présentatif, conviennent à la simple conscience. Mais, en fait de langue, on est contraint de renoncer aux innovations les plus légitimes.

Quoique les catégories reçoivent du jeu delà réflexion leur dégagement d'entre les phénomènes, et leurs formules, et, par suite, comme leur existence, la conscience ne change pas de nature. Une même loi s'appli* que, tantôt simplement et dans un ordre fixe, tantôt d'une façon plus libre et sur un théâtre mouvant. On ne trouvera pas, en y pensant bien, et pourvu qu'oti ait l'esprit délivré de l'obsession des choses en soi. chimères qui ont d'ailleurs pour effet de rendre toutes sortes de représentations également inintelligibles, on ne trouvera pas que la conscience soit autre, comme fonction, quand s'oppose au soi tel groupe de phénomènes donnés tout d'abord dans le non soi, et quand s'y oppose tel autre groupe dont les éléments étaient primitivement enveloppés dans le soi. Or c'est bien là toute la différence entre une sensation et une ré-

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