‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 32 sur 278 · G8 FONCTION DE NUMÉRATION · texte numérisé non relu

G8 FONCTION DE NUMÉRATION

flexion ; entre la simple perception d*un objet, et celle connaissance prolongée où la perception se pose ellemême objectivement. Il serait donc difficile de dire pourquoi les animaux n'atteignent pas à la réflexion, si ce n'est que tout exercice de cette fonction serait vain, quoique logiquement possible, pour un être qui ne jouirait point de celte volonté mobile et libre par laquelle nous nous représentons nos propres actes comme dépendants de nous. Ce qui est vain , c*esl-àdire sans but et sans effet, ne saurait se produire. La différence de l'homme et des animaux, bien qu'essentiellement marquée dans le jeu de la conscience, se ramène au problème de la volonlé.

Voyons maintenant comment les diverses catégories déterminent les actes de la conscience. Nous obtiendrons tout autant de fonctions de l'entendement, et qui seront distinctes les unes des autres comme le sont les catégories elles-mêmes. Les catégories s'unissent par des jugements synthétiques ; de même les fonctions de l'entendement sont impliquées dans des synthèses que nos pensées les plus simples nous offrent toutes formées. 11 ne faut pas oublier que l'analyse, en séparant les parties intégrantes de l'intelligence, ne les établit poinl comme effectivement séparées. La représentation réelle est toujours synthétique, et l'analyse d'une synthèse donnée suppose l'emploi des autres synthèses.

Après la catégorie de relation, qui enveloppe éminemment les autres , la catégorie de nombre se présente, et la détermination qu'elle opère est un élément

PRODOCTION IMAGINATIVE. Gd

de tout rapport. On peut donc assigner une première fonction de l'entendement dans la conscience des phé^ namènes comme uns, plusieurs et touts dans leurs relatians. J'ignore pourquoi la psychologie n'a pas admis une faculté de numération^ aussi bien qu'elle en a admis une d'imagination à toutes les époques. Quoi qu'il en soit, cette fonction est très distincte. Elle se développe chez l'homme en une science spéciale. Elle existe aussi, chez l'animal, mais avec la différence signalée ci-dessus d'une manière générale : l'animal perçoit assurément le nombre, mais non comme tel et à part des objets de la sensibilité ; il ne le réfléchit pas et ne l'abstrait pas ; il ignore l'unité et la pluralité, la partie et le tout, bien que discernant et assemblant les choses éparses sous ses yeux.

L'imagination proprement dite dépend de la catégo* rie de position et doit se définir une conscience des phénomènes comme limités, séparés d'espace et déterminés d^ étendue dans leurs relations : d'où la représentation des distances et des figures. En ce sens, c est cette fonction de l'entendement qui, attachée à toutes les sensations, est une forme inséparable des principales. Il faut dire même que , h l'état synthétique, avec des éléments distingués moins nettement, mais très réellement impliqués, elle accompagne l'expérience sensible, à quelque degré de simplicité que celle-ci se réduise : les odeurs et les sons, que l'homme a contracté l'habitude de goûter séparément et d'une manière désintéressée , révèlent clairement et instantanément à

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ranimai le inonde extérieur, comme fonl les attouchements et les couleurs. Peut-être aussi n'y a-tril pas une sensation qui ne participe du toucher ; les lois physiques et mécaniques qui leur sont communes porteraient à le penser : tous les sens seraient alors des développements originaux d'un sens primitif, lié aux plus simples des fonctions externes, et qui se spécifierait à la fois dans ces fonctions, et dans Torganisme, et dans la sensibilité même.

L'imagination n'est pas seulement une forme des sensations : elle s'étend à la production du monde imagé ou figuré dans la conscience, indépendamment de l'expérience actuelle ; et nous savons qu'on ne doit pas tenter de la ramener à la sensibilité pour l'expliquer, car tout exercice de la sensibilité la suppose. Or il n'est pas plus incompréhensible que l'imagination se déploie sans Texpérience externe qu'avec elle, cette ex* périence demeurant toujours une condition générale des faits de conscience. La représentation ne laisse pas d'avoir ses deux éléments (représenté, représentatif): mais le représenté peut n'être pas donné comme actuellement extérieur : il peut l'être comme passé, alors la mémoire s'y joint ; il peut l'être comme futur ; il peut l'être seulement comme possible, et c'est un cas très fréquent, même chez les animaux ; il peut l'être enfin comme volontaire et avec réflexion. Celle dernière espèce d'imagination se joint d'ordinaire à des efforts marqués de mémoire ; elle se développe à l'état le plus abstrait chez le géomètre, qui construit idéoloment dans l'espace, el, plus bornée, chez le joueur d'échecs par

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exemple dont tout le talent consiiste à envisager les pièces du jeu dans une série d'arrangements qu'il n'a pas maintenant sous les yeux.

L'imagination, selon l'acception vulgaire du mot, n*est pas limitée à la production des figures , au jeu des lois de position. On l'étend jusqu'à l'apparition combinée,. dans la conscience, de toutes sortes de phé-* nomënes et sous toutes sortes de lois : phénomènes qui pourraient être donnés par Texpérienoe ( et dont les éléments sensibles ont dû Tétre ), mais qui ne le sont point actuellement. Mais ici je distinguerai deux cas : si la représentation est successive, impliquant un devenir de conscience, le caractère dominant est ce chan* gement même, avec la série qu'il suppose ( association des idées), et celte fonction se retrouvera sous un autre titre; si nous restons dans le présent, le caraclère de position est toujours fondamental, et l'imagination n'est que généralisée ; toutefois le nom de production conviendrait mieux alors.

La production doit appartenir aux animaux, et à tous, puisque tous ont des tendances relatives à l'image, au moins confuse, de quelque chose qui ne tombe pas maintenant sous leurs sens, et qui pose un but à leur activité : l'instinct constructeur de tant d'animaux peu élevés, elles faits de prévision touchant leurs fonctions à venir (par exemple génératives^ sont choses universellement connues. Mais la production volontaire est propre à l'homme, aussi bien que la réflexion, et on pourrait y affecter un nom spécial , comme on a fait à la mémoire volontaire. Le nom de rejrroduclion cou-

et ILLUSIONS DE LA PRODUCTION.

viendrait et serait exactement analogue à celui de renémoration [anamnétis d'Aristote). (Kant s'est servi du mot reproduction pour désigner l'imagination ou fantaisie d'une manière générale) .

Dans le fait de perception, la conscience se trouve donnée à elle-même, à l'état d'expérience, et avec la conviction des existences externes. Cet état est fondamental, et, même quand les états présents s'en éloignent, ils le supposent naturellement. De là vient que si un représenté n'est expressément lié dans son apparition à aucun caractère de temps passé ou futur, ou de simple possibilité, s'il n'est l'objet d'aucune réflexion touchant ses rapports réels avec les autres, il se pose par luimême comme donné; et il se pose hors de la conscience, puisqu'il est assujéti à la loi d'étendue. Alors la production simule la sensation. C'est ce qui arrive dans les rêves, et jusqu'à un certain point dans la rêverie, pour quelques personnes. Tant que les fonctions propres du corps humain liées à la sensation dans l'ordre de la nature ne se produisent pas, il ne saurait sans doute y avoir illusion complète : mais lorsqu'elles viennent à paraître, soit les premières comme dans certains états morbides, soit à la suite d'un état de la conscience, ce qui se voit aussi, il y a vision, hallucination, c'està-dire sensation véritable, quoique illusoire en ce que le monde extérieur n'y est point intéressé. La réflexion d'un esprit assez fort peut redresser l'erreur, mais non pas toujours empêcher l'illusion de se reproduire.

Au reste la nature et les fondements de la perception

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