‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 34 sur 278 · ILLUSIONS DE LA MËM0IB · texte numérisé non relu

ILLUSIONS DE LA MËM0IB

manière 1res remarquable, et beaucoup mieux qu'aucun philosophe moderne. C'est avec raison qu'il la signale comme tout à fait propre à l'homme, impliquant volonté et raisonnement.

La mémoire a ses illusions comme l'imagination. Nous distinguons un représenté d'avec les rapports de temps dont il s'accompagne, et le rapprochement entre l'époque et la chose peut nous paraître incertain ; dans ce cas la fonction de conscience n'est déterminée nettement, ni comme fait d'imagination, ni comme fait de mémoire, et c'est ce que nous exprimons en disant ignorer si, tandis que nous pensons telle chose, nous ne faisons que nous en souvenir. Il peut même arriver, dans les rêves, que nous doutions si nous percevons actuellement ou si nous imaginons, et ensuite, dans la veille, mais plus rarement et fugitivement, si nous rêvons ou non. En présence du doute, il y a un travail à opérer, quelquefois prompt et quelquefois difficile, pour obtenir une conviction fondée sur la comparaison des phénomènes actuellement proposés à la conscience avec ceux dont nous regardons les rapports et les conditions comme bien connus. Ce travail est la recherche du réel. Mais lorsque l'affirmation anticipe sur l'enquête, soit que le doute ne se prononce pas assez, soit qu'il se dissipe trop vite, la détermination du représenté quant au temps se pose arbitrairement, et c'est ce qu'il faut entendre quand on dit que l'imagination se prend pour un souvenir ou le souvenir pour une imagination .

FONCTION DE CHANGSMSNT. 81

L'erreur a lieu de même dans le cas où la fausse reconnaissance et le prétendu souvenir se substituent à une sensation purement actuelle. Dans le cas inverse^ celui où le souvenir est pris pour une sensation, il est clair que la mémoire n'étant pas réfléchie fonctionné à la manière de l'imagination, et j'ai déjà parlé de ces sortes d'illusions.

J'aborderai ailleurs ce que ces questions offrent de délicat; mais je crois pouvoir avancer dès à présent que la réflexion et la volonté n'interviennent pour redresser les jugements que parce qu'elles ont pu avoir part à leur constitution première. De là vient que les animaux sont moins sujets aux Jllusioos de Timagination et de la mémoire que ne le sont les hommes. Il me resterait à parler ici des illusions de la prévision, phé- ' nomènes d'un très haut intérêt et généralement peu connus. Hais comme ils impliquent encore d'autres fonctions, je les remets à un autre chapitre.

La mémoire avec la catégorie de durée, l'imagination avec la catégorie d'étendue, forment deux systèmes tout semblables et de même valeur ; l'un, à l'égard des phénomènes en tant que représentatifs, qu'il rend pos^ sibles et qu'il ordonne, l'autre, à l'égard des phénomènes en tant que représentés. La première loi est essentielle à la synthèse propre de la conscience ; la seconde est essentielle à la synthèse du monde externe. D'ailleurs, la durée s'applique aux choses de l'espace, soumises à la conscience, et l'étendue aux choses du

temps, que nous devons aussi généralement assujétir

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