‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 41 sur 278 · SV · texte numérisé non relu

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En assignant une place à part à la raison parmi les fonctions de la conscience, il ne faudrait pas croire que saloidifière des autres plus essentiellement que les lois de la durée ne diffèrent de celle de l'étendue, par exemple. Mais l'intervention des termes abstraits et généraux dans la représentation confère à tous les rapports, et aux fonctions qui les rassemblent, un carac-

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tère que ne présentaient point la sensation. l'imagination » la mémoire , la série des pensées , quand elles n'avaient que, les particuliers pour matière. Ce n'est pas que le rapport de genre puisse n'être pas donné en principe dans le jeu de tous les autres , même chez l'animal, qui certainement di$tingue, unit et détermine : mais l'homme seul réfléchit, et réfléchit volontairement les termes qu'il différencie, généralité et définit ; sa conscience explique ce qu'elle implique, et ainsi commencent les classifications et les conventions , fondements de l'œuvre de la science.

On a coutume d'envisager dans la raison un pouvoir qui la séparerait plus profondément de l'ensemble de la représentation, ou plutôt la poserait en contradiction avec elle : c'est en un mot la puissance de l'absolu. Avec la raison ainsi entendue , la conscience n'arrive pas à son apogée mais à sa ruine. Ceci est prouvé logiquement, prouvé historiquement aussi par l'étude des doctrines.

Kant a maintenu cette séparation , au moment même où sa critique la renversait. La raison est selon lui une faculté de poser au-delà des concepts de F entendement, des idées qui en dépassent les bornes. Vidée est la coneeptian de la généralité absolue ou inconditionnslle ; et la raison cherche la condition inconditionnelle des phénomènes dans chacun de ces trois ordres : Dieu, le Monde et Y Ame. Kant démontre que ces objets ne sau* raient être atteints, bien plus, que leurs idées sont incompatibles avec les fonctions de l'entendement, appliquées à l'expérience possible et il n'en maintient

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pas moins la poursuite, comme légitimée par la faculté indéfinie de formes des chaînes de conditions, et de s'élever de principe en principe. Cependant comment la raison ne se tournerait-elle pas contre elle-même, eu môme temps qu'elle procède contre l'entendement? Les termes dont elle {)arcourt la série ne s'établissent que par la catégorie de relation , dont la détermination est la forme synthétique; tout s'efface donc de la conscience, du même coup que les conditions quelconques sous lesquelles tout s'y pose. La condition inconditionnelle est un pur indéterminé , et l'indéterminé ne saurait déterminer quelque chose pour nous. L'abstraction appartient sans doute à la raison , mais il n'est pas pour cela raisonnable de feindre que les termes abstraits soient quelque chose à part des rapports sous lesquels ils se sont présentés, et grâce auquels on a pu précisément les abstraire. Plusieurs de ces termes , comme l'un» le simple, n'ont de sens qu'avec leurs correlatifs ; d'autres , l'infini , l'absolu , se forment par la négation des synthèses de détermination , de relation ; si on prend ces valeurs abstraites pour des formes de la réalité afiiraiée, qu'on ne manque pas d'ériger aussi- \M en substances , les antinomies se présentent , la sdeace est impossible. (V' le Premier etsai, § xvii, ui, xiii, xiv, etc., el Appendice x.)

Cette même erreur, ou plutôt ce vertige, est au bout des analyses du plus savant philosophe de l'antiquité^ dans sa psychologie, dans sa physique, dans sa meta* physique. La doctrine de l'absolu , moteur immobile» intellect pur, devint laarâligion des esprits, quelques

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Siècles après Aristote. Descartes et les autres novateurs la respectèrent sur le point capital, et Kant ne s'en est pas affranchi. On ne saurait la présenter, d'une façon plus radicale et en termes plus nets que ne fît l'auteur de la Métaphysique, lorsque, bien loin par^dessus l'entendement vulgaire, il entreprit de placer, à l'extrémité du monde des phénomènes, l'acte pur de f intelligence pure, l'esprit dégagé de toute condition sensible et même de tout objet autre que lui-même, lapemée de lapeMéê. MûÉ multiplicité, sans composition ni changemrat d'aucune sorte. Quelle réfutation ne resterait au-dessous de la simple exposition de cette prodigieuse chimère ! un miroir sans matière ni forme qui se réfléchit lui-mâmel L'opposition de cette conscience absolue à la conscience que nous connaissons n'est pourtant que la formule ontologique de celle qu'on voudrait établir entre la raison et Tentendement.

Venons h l'analyse de la raison conforme aux catégories. Il s'agit donc de cette fonction que nous avons souvent supposée dans les pages précédentes et qui consiste dans l'application réfléchie de la catégorie de qualité aux représentés de la conscience. La réflexion rapporte l'attribut distinctement et sciemment comme tel à son sujet. Par cette relation, celui-ci est différencié, généralisé, spécifié. De là deux faits concomitants chez l'homme : l'un, l'établissement des espèces, la spécification, l'autre que je nommerai la sp- ^i/Uation. Mais le premier est logiquement antérieur au second, lorsque le signe s'applique à l'espèce et non pas seulement à l'individu.

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