CONDITIONS ORIGINAIRES DU LANGAGE
que par tradition. Et d'abord ce n*est pas tant la parole qu'un système quelconque de signes qui est nécessaire pourpenser, et la pensée, à son tour, n'est pas moins indispensable pour l'invention des signes, ou seulement pour leur intelligence. On résout aisément cette contradiction en distinguant entre la pensée ini|^ licite et confuse et la pensée claire, développée, expliquée. L'existence de la pensée à l'état confus dans la conscience est incontestable : chacun peut s'en assurer en portant son attention sur ce quelque chose cpii est en lui avant qu'il ne parle, et dont il voudrait réussir i rendre un compte exact. Cela posé, les signes et la pensée se trouvant simultanément en puissance chez l'homme vis-à-vis de l'homme, celle-ci déterminable et signifiable, ceux-là d'abord naturels^ ensuite artificiels et arbitrailemeut éligibies. les deux pouvoirs se développent en acte, graduellement, l'un portant l'autre et l'aidant.
Au reste, on énumérera sans peine les conditions nécessaires de l'établissement d'un système de signes pour servir aux communications des hommes. Je trouve :
1/" L'existence des sens, au défaut desquels il ne serait possible ni de produire le signe ni de le percevoir ; d'un côté donr, le mouvement ou la voix, de l'autre, la vue ou l'ouïe ;
8^ L'imitation, à la fois comme disposition organique et comme penchant de la conscience ;
3"" La signification, c'est-à-dire cette pensée de reproduire en manièce de signes les qualités sensibles