‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 44 sur 278 · CONDITIONS ORIGINAIRES DU LANGAGE · texte numérisé non relu

CONDITIONS ORIGINAIRES DU LANGAGE

naturellement jointes à nos affections ou aux choses» et Tabstraclion par laquelle un signe devient générique, et enfin la volonté, qui permet les conventions proprement dites, et substitue les signes arbitraires aux signes naturels.

Ces conditions, elles-mêmes analysées, se trouveraient impliquer toutes les catégories et toutes les fonctions de la conscience. Elles sont nécessaires pour l'institution de la parole, et elles sont suffisantes aussi : suffisantes pour l'inventer et l'organiser pas à pas, comme pour la recevoir transmise. Tout se développe ensemble. Il est absurde de séparer certaines des données premières qui composent Thomme, et de se demander comment les unes pourraient provenir des autres. Plus les signes sont indispensables à la raison, plus il est clair que la raison n'a pas dû exister sans la signification. Supprimons cette dernière puissance, et l'homme qui reste n'est pas plus capable d'apprendre à parler par enseignement que par invention.

D'aill.eurs, nous avons vu qiie si la parole s'est établie à l'origine, et de préférence à toute autre espèce de signes, ce n'est pas qu'elle ne put être suppléée logiquement ; mais sa facilité relative et les conditions organiques humaines lui donnaient des avantages très grands, et peut-être, en fait, nécessaires.

Il existe une preuve historique de l'invention des langues. Entre les variétés qu'elles présentent, il y en a deux dont la diversité est radicale. On pouvait suivre, en effet, deux modes d'expression des rapports par les mots, ceux-ci devant désigner, soit des sujets, soit des

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