NATURE DES PREMIERS SIGNES
attributs, actes ou états de ces sujets ; et on n'en pouvait suirre que deux : ou les mots eux-mêmes prenaient différentes formes vocales, par voie* d'inflexion ou de groupement, pour affecter ces relations , ou ils restaient invariables, et alors leurs rôles n'étaient déterminés que par la loi de leurs positions respectives. La première méthode réunit les langues à flexions et les lan-< gués dites agglutinantes; la seconde appartient à la. tradition chinoise. Or on trouvera en y réfléchissant, que le choix entre ces deux systèmes est inhérent aux premiers pas et aux conventions les plus élémentaires de la parole ; il n'est pas possible d'imaginer qu'on ait parlé sans en adopter un, et ils sont tellement tranchés que ce n'est que fort arbitrairement qu'on supposerait un passage de l'un à l'autre chez certains peuples : des révolutions spontanées de la grammaire traditionnelle, surtout graves et radicales à ce point, sont contraires aux faits constamment observés. II n'est donc guère permis de douter que la parole n'ait été constituée par l'homme, au moins deux fois, avec une indépendance entière.
Il faut distinguer dans les premiers signes convenus du langage (comme de l'écriture d'ailleurs) l'image ou symbole naturel de la chose signifiée, et la convention elle-même qui seule, une fois réfléchie, peut constituer les éléments logiques d'une langue. Le symbolisme a d'abord failles frais de Tinvenliou. On a dû choisir, parmi les sons vocaux et articulés, ceux que produisait l'imitation instinctive de certains bruits liés
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aux objets de la pensée, ou que suggérait les premiers quelque lointaine analogie : il est certain, en effet, que les assimilations les plus vagues entre des choses de genre très différent s'emparent de l'imagination, et d'autant plus que la raison est moins cultivée ; on croit reconnaître aux sons des caractères semblables à ceux qu'on prête aux autres sensations, force, douceur, mollesse, aspérité, grandeur, petitesse, profondeur, rapidité, lenteur, éclat, obscurité et beaucoup d'autres; ces mêmes caractères s'appliquent aux objets de la conscience, quoique non sensibles, et à ses états propres, à l'intelligence, à la passion, à la volonté: d'ailleurs on ne se pique pas d'exactitude, et c'est par la poésie quel'hommecommence. Ainsi des chosesquelcoDques ont pu être qualifiées au moyen des sons, et, par suite, rappelées et désignées. Le symbole du geste venait en aide à celui de la parole jusqu'à ce que la répétition et l'habitude établissent des conventions.
Les mots portés à ce premier vocabulaire étaient des noms de sujets représentés par leurs attributs (et comment en trouver d'autres, même pour les personnes?) ou des noms d'attributs considérés comme tels, lorsque leur séparation d'avec le sujet s'offrait naturellement, ou enfin, des noms d'attributs actifs ou d'états de ce môme sujet. Ces noms, noms véritables malgré les distinctions introduites par les grammairiens, étaient donc le substantif, l'adjectif et la forme indéfinie du verbe attributif. Mais, outre le sujet et l'attribut, la proposition implique un troisième élément, la thèse de leur rapport. Ce moyeu terme, ou copule, toujours et nécessai-